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Patay: Guy Descauses témoigne sur les journées des 15,16,17 et 18 août 1944

Auteur : rplb  Créé le : 13/04/2013 09:41
Modifié le : 14/09/2014 14:29
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 Guy Descauses, enfant de Patay témoigne:

15 août

 

Il fait chaud en cette fin d'après midi du 15 août 1944 (mardi jour de marché), la salle du Café du Commerce est pratiquement vide, quelques irréductibles joueurs de cartes dont Messieurs Sicot Maurice, Lemaire Marcel, Pourriot Maurice et mon pére, forment le dernier carré de ces passionnés.

Moi, gamin de 9 ans, j'observe de mon « territoire » qu'est la Halle aux grains, les dernières carrioles et tapissières quittant cette fin de marché ; mais aussi le trafic intriguant des soldats allemands, à travers le Pays, notamment dans l'axe Hospice-gare SNCF de Patay.

L'un de ces soldats, de grande stature, vient de sauter de sa bicyclette, face au Café du Centre : il vient de perdre deux grenades à manche, enveloppées dans une serviette éponge blanche, qui étaient fixées sur son porte bagage de son typique grand vélo allemand. Celles ci roulent dans le caniveau de la bouche d'égout toute proche.

Très stressé, ce soldat allemand d'origine autrichienne récupère rapidement les grenades et annonce aux quelques personnes se trouvant sur le trottoir: l'imminence de l'explosion du train bloqué en gare.

( Des cordons allumeurs traversaient le Pays car il était prévu que l'hospice sauta en même temps que le train de munitions se trouvant en gare).

La nouvelle fit vite le tour du Pays et dans la demi heure qui suivit, ce fut la précipitation des habitants qui fuyaient Patay dans la direction opposée à la gare, c'est à dire Villeneuve sur Conie.

Pour ma part, apeuré, je rapportais vite fait la nouvelle au Café du Commerce, mais ma crédibilité était bien faible, notamment auprès des joueurs de cartes. Il fallut la précipitation de Madame Lemaire venant chercher son mari, pour que, d'un seul coup, l'affaire devint sérieuse. En quelques instants, mes parents rassemblèrent papiers et documents dans une mallette en cuir et nous quittions précipitamment les lieux, rejoignant la cohorte en direction de Villeneuve. Nous arrivions vers « Gutemberg » lorsque les de premières gouttes d'un orage qui allait devenir violent, commencèrent à tomber, puis ce fut vite un déluge d'eau et d'éclairs comme je n'en ai pas revu depuis. Il est vrai qu'en de pareilles circonstances orageuses l'on reste, à l'abri.

Ce soir du quinze août, il n'en était pas question, et dans la longue file des Patichons qui remplissaient la route menant à Villeneuve, chacun courbait l'échine, avec, au ventre la double peur :

 -celle de l'orage

- celle de l'explosion dont on ignorait l'heure du déclenchement..

Trempés jusqu'aux os, la plupart des gens se retrouvent dans la première ferme, celle de la Détourbe et s'entassent dans les bâtiments divers, afin de trouver un abri.

Monsieur et Madame Rouland, les propriétaires des lieux, offrent le maximum d'hébergement à la maison. Avec ma mère nous nous retrouvons dans la chambre à coucher des propriétaires en compagnie de la famille Legris (Docteur) et d'autres personnes : au total une vingtaine de personnes peut être plus.

Rassurés d'être à une distance raisonnable du pays, mais néanmoins inquiets, nous sommes attentifs à toutes les rumeurs qui circulent. La nuit est maintenant tombée, il fait sombre, nous sommes dans l'obscurité, car l'orage a fait disjoncter le transformateur. Une faible bougie éclaire notre pièce rendant encore plus sinistre l'atmosphère de ces heures pesantes.

Puis vers 22heures, nous apercevons, au travers de la fenêtre, monter vers le ciel, une formidable lueur rose orangée, ponctuée dans les secondes qui suivirent d'une très forte déflagration : c'étaient les premiers torpilles volantes qui venaient d'exploser. L'effet de souffle, fit vibrer vitres portes et fenêtres ; d'autres explosions suivirent plus ou moins violentes.

A chaque lueur embrasant le ciel, nous fermions les yeux attendant l'explosion. La soirée, la nuit, furent longues très longues.

(nota : le déluge d'eau fit avorter le projet initial où le train dans sa totalité et l'hospice, siège de la Kommandantur, devaient sauter en une seule et unique explosion.--Que serait il rester de notre Patay ? )

Au cours de la nuit, les explosions ayant cessé, un appel fut lancé aux hommes valides pour rejoindre Patay, afin d'y combattre divers points d'incendie, notamment aux Établissements Roger où maison d'habitation et bâtiments furent détruits.

Au petit jour, nous rejoignons Patay. Au fur et à mesure que nous avancions vers le centre du Pays, nous prenions la mesure de l'ampleur des dégâts. Toitures, portes et fenêtres étaient plus ou moins soufflées ou détériorées, les rues étaient jonchées de débris et d'éclats de toutes sortes. Le lourd rideau en panneaux métalliques du magasin de confection Sicot était étalé sur toute la largeur entre le magasin et la Halle aux grains.

Des éclats de wagon, des morceaux de rail étaient piqués dans les murs ou les devantures.

Nous rentrons dans notre Café du Commerce : pas besoin de clés, les explosions ont eu raison de tout ce qui était portes et fenêtres. A l'intérieur des cloisons sont tombées, des pans entiers de plafond aussi. Tout autour il en est de même et chacun s'évertue au lever du jour, à nettoyer, les débris. Les dégâts matériels sont relativement importants.

Au fond dans l'arrière cour nous retrouvons dans le râtelier à fourrage des écuries une porte entière de wagon toute vrillée qui, auparavant , a traversé la toiture.

Un morceau de rail d'environ 50cm a traversé la toiture de la maison venant se piquer dans le plafond au dessus de mon lit.

Le mur extérieur de la montée d'escalier ainsi que celui de ma chambre sont totalement écroulés.

 

16 août

En ce matin du 16 août, Patay est soulagé, les Allemands sont partis.. Chacun s'active à relever au mieux les débris. Curieux et badauds réunis sous la Halle aux grains commentent les événements de la nuit et la proche arrivée des américains.

Le soleil est revenu, la matinée est bien avancée quand au coin de la Mairie, arrivant de Villeneuve, un véhicule militaire, jusqu'alors inconnu, apparaît et s'arrête face au virage de la halle-- Ce sont le Américains !!--. Eh oui une Jeep pare brise baissé, fusil mitrailleur posé sur l’affût à droite, à son bord, 4 soldats US dont un capitaine qui demande « Bricy » ;

Les casques sont équipés de filet de camouflage et de boite de pansement, dans la voiture : poste radio cartes d'état major et victuailles, sur le capot de la Jeep, une superbe étoile à cinq branches et le sigle « US Army ». Ce sont les « Libérateurs » ;

La Jeep est vite assaillie par les curieux tout le monde veut approcher et toucher ceux que l'on attendait depuis longtemps.. L'annonce de leur arrivée fit rapidement le tour du pays et les drapeaux français apparaissent aux fenêtres des habitations. Les drapeaux américains sont plus rares. Mon frère, Lucien s'applique a vite en peindre un sur un large carton blanc que nous agrafons sur une face du drapeau français.

Oui ils sont là !!!. C'est l'explosion de joie.

Sous la Halle les maquisards sortent de l'ombre et se rassemblent. En début d'après midi, une Citroën traction avant (celle de Monsieur Gillard) traverse le Pays avec les lettres FFI et la Croix de Lorraine.Quelques soldats allemands prisonniers sont ramenés et retenus provisoirement dans la cour de l'hôtel Saint Jacques.

Quelques musiciens ont ressorti les instruments, un défilé improvisé parcourt les rues principales. Les premiers éléments américains traversent le Pays en direction de Bricy et, au passage, ils distribuent gâteaux, bonbons et cigarettes sans oublier les fameux « chewing-gum ». C'est la grande joie et la fête jusqu'à la tombée de la nuit.


  

17 août

 

Tôt le matin, désagréable surprise, des camions allemands traversent à nouveau le Pays ; Certains sont équipés de canon anti-char montés sur skis. Ils bloqueront toutes les sorties du Pays interdisant toute circulation. Aux fenêtres tous les drapeaux ont disparu aussi vite qu'ils étaient sortis la veille.

Par un roulement de tambour en direction de la population en début d'après midi, les troupes allemandes, revenues sur les lieux abandonnés le soir du 15 août, exigent la restitution immédiate des armes et munitions détenus par la population.

Patay redevient un véritable désert silencieux.

Ma curiosité de gamin me pousse à observer, par le trou de la serrure du portail, le déroulement des événements.

Face aux grilles de la mairie, un camion allemand est arrêté, ridelle arrière baissée. A coté du camion un soldat allemand casqué, pistolet mitrailleur au poing attend le retour des armes.

Les membres du Conseil municipal sont appelés à se rendre à la mairie où ils vont être retenus en otage.

Je vois alors se rendre à la Mairie, Monsieur le Curé puis Monsieur Perruchet suivi de peu par Monsieur Barthélémy. L'attente est lourde et pesante puis vers les seize heures seize

heures trente, deux hommes avec un diable de maçon remplit de fusils arrivent de par la place Jeanne d'Arc. Je reconnais parfaitement mon voisin d'en face, Monsieur CABARET ouvrier maçon (dont l' épouse tient le magasin le Familistère à coté de la boucherie Goupil). Il est accompagné par un jeune homme(18 ans) paraît il salarié dans une ferme à Roumilly. Tous deux poussent la charrette vers la Mairie, face au soldat allemand à l'allure menaçante. Heureusement il ne se passera rien.

Les soldats allemands récupèrent leurs armes et s'enfuient dans la soirée, non sans avoir exigés un couvre feu jusqu'au lendemain matin.

 

 

18 août 

 

Enfin le grand jour est arrivé. Les Libérateurs cantonnés à nos portes arrivent en force à patay. Timidement cette fois les Patichons sortent à nouveau les drapeaux et les banderoles. Durant plusieurs jours des convois incessant vont traverser le Pays.

Mais cette fois ci ; c'est bien vrai : « Patay est libéré ».

J'ai conservé de ce jour le casque (double) que l'un des soldats américains, en bivouac, sous la Halle aux grains m'a fait cadeau au petit matin du 19 août et ce en remerciement d'une bouteille de cognac que papa Descauses venait de lui offrir.

 

 

Guy Descauses

agé de neuf ans au moment de cette libération de Patay.

 

Epilogue:J'ai toujours entendu dire, sans pouvoir en contrôler l'information que le soldat autrichien, qui il faut bien le dire, a sauvé Patay d'une destruction totale, aurait été fusillé par les siens, sans doute le 16 août 1944 (peut être à St Péravy la Colombe) ;

Remarque étonnée. :

Quelque soit sa religion ou ses croyances, force est de constater que les deux vitraux représentant Jeanne d'Arc dans l'église de Patay -dont l'un est une pièce unique – sont restés intacts à la suite des événements du 15 août 1944 .

Tous les autres vitraux furent détruits de même les vitres et vérandas alentours.

 

Devoir de mémoire.

Le récit de Guy Descauses met en évidence le rôle majeur joué par ce soldat autrichien, que l'on peut qualifier de « sauveur de Patay ». D'autres témoignages confirment cet avis.

Depuis plusieurs mois l'association « Racines du Pays Loire-Beauce » a lancé des investigations afin de retrouver l'identité de ce jeune soldat autrichien dont on croit savoir qu'il se prénommait Hans ;

Toute personne susceptible de faire avancer ces recherches peut nous contacter à tous moments par l'intermédiaire de ce site .

Merci FP pour RPLB


 

 

 


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