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Le Journal du "Poilu" Paul POINTEREAU

Auteur : Gaston  Créé le : 24/04/2014 09:39
Modifié le : 02/05/2014 11:09
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Le Journal de Paul POINTEREAU « poilu »

 

A l’occasion du centenaire, en 2014, de l’entrée en guerre de la France le 2 août 1914, nous vous proposons quelques extraits du journal d’un « poilu, » tenu par Paul Pointereau, né le 22 janvier 1890 à Yèvres (28), décédé le 27 décembre 1964 à Toury (28). Deux citations, médaille militaire, médaille de Verdun, Croix de guerre deux étoiles.

. remercie particulièrement Denise LSAGE-POINTEREAU, sa fille  d'avoir autorisé la publication de

Quelques extraits de ce journal.

Première page du Journal manuscrit de Paul POINTEREAU°°°°°°°°

« Ce cahier résume, d’après mes notes quasi-quotidiennes, toute ma campagne de guerre

au troisième bataillon du 102ème régiment d’infanterie… »

1914

« Le 9 août, marche en avant dans la Meuse. Première alerte à 15h30 et départ pour Juickrey, un pays brûle devant nous, l’ennemi serait à 5 kilomètres, ma compagnie en avant-garde. Grand-halte et organisation de défense du village d’Ornelles. Tranchées hors du pays. Nuit de veille sur place… »

 

« Le 15, départ pour Mangiennes, grand-halte faite sur le terrain où nous sommes surpris et éprouvés. Première grande fosse commune… »

« Le 22 au matin nous passons la frontière belge… Notre section est sur Ethe-Virton. Le 101ème est vite éprouvé, s’étant heurté à l’ennemi en position retranchée dans les bois avec les mitrailleuses. Il est cerné ensuite dans Ethe. Le 102ème est engagé entre Gonery et La Tour . Bombardé à plusieurs reprises… La journée a été très dure… »

« Le 23, marche à l’ennemi, occupation des Bois de Villiers puis avance sur Marville. Arrivée à minuit et garde aux issues. »

« Le 24, organisation des centres de résistance, tranchées, le soir ordre de partir vers Longuyon en feu, ma compagnie est d’avant-garde… Nous marchons par deux de chaque côté de la route. Bientôt une patrouille de hulans poursuivie s’engage dans nos rangs en tirant sans ordres et à bout portant. Des hommes tirent dangereusement en en abattant un devant nous. Les autres sont faits prisonniers, s’étant heurtés aux chevaux de bât. J’ai le casque et la lance cassés. On entend rouler toute la nuit… »

« Le 25, le combat de Marville très meurtrier dure jusqu’au soir. Il a été dur, l’artillerie lourde ennemie démolit les retranchements. Malgré la résistance et les contre-attaques, la division doit reculer. La retraite a été sanglante, Mêlés au 101ème j’ai eu peine à tenir mes hommes sous le tir. Suivant les ordres je me suis replié aussi. Mais pour franchir le zone d’artillerie, battue, pilonnée, j’ai dispersé les hommes. Nous sommes passés après bien des plats-ventres mais notre mouvement avait été vu et le tir de l’ennemi de plus en plus rapide. Un obus m’a serré de bien près ; m’étant jeté à terre à son sifflement particulier, à peine aplati, ma gamelle a été défoncée sur mon sac. Des hommes m’ont cru touché !... » Plus loin j’ai rencontré mon cousin qui avait un pain de quatre livres, j’en ai cassé un bout, nous n’avions pas mangé de la journée… »

« Le 28, marche de nuit de minuit à 7 heures… »

« Le 1er septembre, j’assiste au repli massif, artillerie sur la route, cavalerie d’un côté, infanterie de l’autre… c’est dur !! Le bruit du canon nous suit… » 

« Le 3, l’officier d’un détachement de cuirassiers m’interpelle : « Que faites-vous là ? Vous n’embarquez pas ? » Nouveau coup de masse… Un bruit court, on parle d’aller au nord du camp retranché de Paris. ?... »

« Le 7 nous serons à Pantin. Une heure après on parle de réembarquer ! et d’aller à l’est de Paris. Des camarades sont déjà partis en taxis réquisitionnés par Galliéni et d’autres par le train.

Bataille de la Marne

Message historique du général Joffre, commandant en chef des armées :

Au moment où s’engage une bataille dont dépend le salut du pays, il importe de rappeler à tous que le moment n’est plus de regarder en arrière ; tous les efforts doivent être employés à attaquer et refouler l’ennemi. Une troupe qui ne peut plus avancer devra, coûte que coûte, garder le terrain conquis et se faire tuer sur place plutôt que de reculer. Dans les circonstances actuelles, aucune défaillance ne peut être tolérée.

« Le 9, marche en avant, village pillé. Vus, nous avons droit à un tir de barrage d’artillerie formidable ; des blessés passent nombreux… Des lièvres étaient affolés, on les voyait sauter dans l’herbe. Un piano mécanique a été entendu dans la nuit alors que nombre de pays flambaient… »

« Le 12… nous faisons la pause. Dans le chemin creux, une ferme. Sur la table un seau de lait. J’appelle, pas de réponse, tant pis, je prends mon car et en boit deux… Ce sera mon seul repas du jour et quelle journée encore… Nous progressons sous le tir d’artillerie par bonds et formant la carapace à l’arrêt, drôle d’exercice il faut le dire. Pour que tout le monde suive il faut en ramener et veiller en serre file… Nous sommes bien arrosés d’obus ; l’un d’eux fait douze blessés, je reçois une pierre dans le coude. La pluie s’ajoute à nos difficultés, l’eau tombe à verse… »

« Le 21 nous progressons vers Lassigny qui brûle le soir…Les boches sont aux abois, on reste là, baïonnette au canon toute la nuit, l’alerte ne cesse pas... »

« Le 23 on organise une ligne de tranchées. Je ramasse une bûche formidable en tombant dans l’une d’elles. Quelques pommes font notre dîner… »

« Le 26 au matin, rassemblement, nous recevons notre première correspondance, beaucoup de lettres pour chacun, j’en distribue à ma compagnie plusieurs paquets mais déjà pas mal sont à rendre, beaucoup ne sont plus avec nous… Je lis mon courrier, adossé à la porte de grange de la ferme et, voyant les balles claquer sans arrêt contre le mur du jardin de l’école-mairie, je me déplace au mur. A peine appuyé là tout en lisant, j’ai entendu un claquement autre et j’ai vu qu’une balle venait de traverser la barre centrale de la grande porte où j’étais appuyé un instant avant. Je viens mesurer la hauteur, c’était juste pour ma tête ! Pourquoi ai-je eu l’intuition d’un danger ?... »

« Le 27,.. je pars sous le bombardement, la boulangerie brûle et les balles se mettent à siffler dans la rue. Voyant le passage dangereux, je dis à Morin de chercher abri avec les hommes pendant que j’irai à la recherche du lieutenant en me glissant le long des maisons. Je n’aurai pas été obéi. Je retourne à mes hommes et, arrivant au portail, là où je les avais laissés, je vois Morin faisant toilette à la porte de la maison, Girod abattant des noix et Boquet assis sur son sac sous le portail. Je crie : « Je vous ai dit de vous abriter ! » mais je suis projeté à plat-ventre au milieu de la rue par un obus tombé dans la cour, blessant Morin et tuant Boquet. Je me relève me croyant touché, couvert de sang et de cervelle, Boquet avait le crâne ouvert. Je n’avais rien moi-même. J’emmène mon monde en vitesse à la lisière du village, puis creuse une tranchée… Le bombardement du pays augmente de densité surtout sur le centre. Nuit d’aguet… »

« Le 28… les feux de mousqueterie étaient violents, le bombardement continuait. Nous entendions des voix atténuées : « Ils sont là »… Les boches viennent sur nous à l’assaut en hurlant… Avec mes douze hommes, je tire par salves, puis commande :« Feu à volonté, tirez bas et à droite »… Ne voulant pas être enveloppé je crie : « En arrière dans la cour ». L’ennemi va suivre de près… Le dernier arrivé à la porte de la courette se heurte à un boche qui voudrait le coincer ! Il se fend, lui flanque avec sa baïonnette dans le corps une balle… Une nouvelle attaque se produit, c’est la troisième ce soir… Vers 10 heures les mitrailleuses crachent, … un obus court tombe dans la rue à notre nez. Coup dur, j’ai vingt et un blessés dont Guyot tout à côté de moi qui s’accroche et hurle de douleur. Il a une jambe presque sectionnée, il va me demander de la lui couper. Je le fais emporter par deux blessés légers sur un fusil. Il me demande de lui donner son fusil, il avait peur d’être fait prisonnier, le pauvre ! Il le sera, laissé comme intransportable dans la cave de secours. Je l’ignorerai longtemps… »

« Le 5 octobre, l’ordre arrive de récupérer la tranchée tenue le matin par deux bataillons. Ma section en tête de la compagnie précède le bataillon, le deuxième bataillon sera soutien. Une patrouille envoyée ne renseigne pas, ne reparait pas, alors ? Mission non remplie. On démarre donc sans renseignements, mais connaissant bien le terrain, et c’est heureux. On avance en silence et au coin du bois, je décide avec Cousinard d’arrêter la section puis d’aller reconnaître. Nous avançons tous deux avec précaution sur le chemin et, tout à coup, sans avoir rien vu, c’est un « halt ! wer ist da » et un coup de feu pour nous et l’alerte allemande. Nous étions à l’approche de la meule et de la tranchée, la sentinelle allemande a dû nous voir, Cousinard ayant une grande pèlerine bleue. Bien vite je me penche pour observer et Cousinard me dit : « Je t’amène tout le monde ». Je vois les boches au bout de la tranchée qui retournent le parapet et jettent la pelle pour prendre le fusil et ouvrir le feu. J’entends un chef, à la meule, crier des ordres. Je tire moi-même puis entend Cousinard crier : « En avant » et taper à coups de sabre sur les sacs, mais malgré lui les hommes ne bondissent pas en avant. Je suis donc seul tout près des boches et pris entre les deux feux de mousqueterie, j’entends le clairon boche alerter dans St Aurin, puis des pas de course du renfort ennemi. Me voyant en danger, je me suis renversé dans la raie de bordure du champ et aplati, mais je craignais, outre les tirs, une avance des boches de la meule. Sous le tir de plus en plus nourri, le troisième bataillon s’étant déployé en entier sur la droite (plateau) j’ai, je l’avoue, vu comme dans un éclair l’image de ma femme et de tous les miens, puis voyant que les balles me passaient au-dessus à cause sans doute de la pente du terrain, je me suis tourné et j’ai rampé prudemment vers l’arrière, m’arrêtant plusieurs fois, évitant le bruit dans les betteraves. La mousqueterie a duré un bon moment de part et d’autre. Des hommes de chez nous, je pouvais craindre un peureux. Approchant, j’ai parlé puis en me levant et criant : « France ! » j’ai bondi dans notre ligne. Je suis tombé sur Rouget qui m’a dit : « Aplatis-toi vite, gare aux fusants ! ». En effet des 77 balayaient encore le bois…Le coup était manqué et le repli s’est fait lentement par paquets sur l’Echelle St Aurin. Nous-mêmes, à l’abri de quelques sentinelles, avons dormi dans le ravineau puis, au-delà du carrefour, avec ma section, j’ai commencé une tranchée sur le plateau. Elle restera la ligne de front et sera étendue. 

Voici la stabilisation. Elle va être généralisée bientôt sur le front des armées comme ici en ce coin de la Somme. La guerre des tranchées va commencer, autrement monotone… »

« Le 24 décembre, avec la liaison je réveillonne. A minuit voilà que l’on entend devant nous les allemands chanter de leurs tranchées, quelques obus de nos 75 et ce sont des cris ! Les coups sont tombés juste. Oh, la guerre ! »

 

1915

« Le 25 février à 5 heures, secteur de Perthes, départ en ligne... Nous tentons deux attaques vainement… Il neige. »

« Le 26, retour à la tranchée. Attaque par le premier et le troisième bataillon… Grosses pertes. Violent bombardement sur nous. On dégage l’adjudant Bonnal à demi enseveli, un officier tué, un blessé… Grâce à un réchaud nous prendrons un café chaud, c’est tout pour deux jours. Il y avait déjà bien des morts sur le terrain (capotes bleues). » 

« Le 27 au matin, relève par le quatre-vingt troisième régiment d’infanterie, long défilé par les boyaux boueux avec des cadavres dans le parapet, une tête de cire dans la boue, une main qui dépasse et a recueilli du sang ! Un entonnoir énorme. A la maison forestière, nous trouvons l’ordonnance du commandant tué à côté de son cheval. Nos sacs ont été culbutés, ma gamelle crevée… Nous enterrons et rendons les honneurs à nos morts… »

« Le 25 septembre, combat d’Aubérive (bataille de Champagne)… Nos pertes sont lourdes : 22 officiers, 758 hommes… Le 75 n’est pas apte à la destruction ni des réseaux, ni des tranchées. Les journées suivantes nous relevons les tranchées, aussi nos morts et récupérons au mieux les armes sur le terrain. Il faut des fosses communes… »

« Le 29, première nappe de gaz (chlore)…»

« Le 14 novembre… l’eau, notre deuxième ennemi. On a des bottes, beaucoup de défectueuses, d’ailleurs inutilisées. Par place, en ligne, il faut être à plat-ventre derrière le parapet de la tranchée. On fait des tranchées pour essayer d’évacuer l’eau de celles existantes. Dans le bois le téléphone et le PC sont aussi envahis, cuisine, poste de secours, abri à munitions également… Repos en soutien dans le bois aux cases canadiennes avec les rats. »

1916

« Le 1er janvier. Repas complet. Nous fêtons le jour de l’An, l’intendance ayant fait distribuer une bouteille de champagne pour quatre, une orange, deux pommes, un cigare et une tranche de jambon en supplément… »

« Le 29 août, départ pour l a Citadelle de Verdun. »

« Le 30, c’est la montée en ligne, secteur de Fleury, Ravin des Vignes, jusqu’au 4 septembre. Attaque au Pont du Ravin et avance de 120 mètres, 52 prisonniers faits, très durs combats… » 

« Le 4 septembre, descente en réserve aux carrières de Belleville jusqu’au 9… »

« Le 18 et 19, pluie torrentielle. »

« Le 20 attaque dans la nuit du deuxième bataillon : avance et gain, 100 prisonniers, deux mitrailleuses. Une contre-attaque est repoussée, 60 tués et 200 blessés… »

« Le 29 octobre, Douaumont. Le premier bataillon est devant le fort de droite, le deuxième devant le village et le colonel au fort… La marche est pénible dans le chaos du terrain ( que de bûches !) et les tirs de barrages. A 3 heures, la relève n’est pas terminée, les compagnies ont souffert. Arrivant au trou où va être le PC du bataillon, un homme est tué dans mes talons et deux blessés. Il faut aménager les trous, le tir rageur des boches est ininterrompu : 38, 150 et 210. Quelle épreuve, c’est surhumain ! Un peu d’alcool solidifié permet de faire un café, avec quelle eau ! Musette déchirée, perdu une boite de pâté. On enterre un peu des morts sur place. Que de mal pour emporter les blessés. Nous tenons ainsi et malgré tout jusqu’au 31 au soir. Sous le bombardement, nous partons aux Quatre Cheminées en réserve. La relève par le trois cent quinze a été épouvantable, on s’enlise, perd des chaussures, il fallait s’entre-aider. J’ai attendu un jeune agent de liaison de la onzième, exténué, découragé, pleurant ; il serait resté là sur place, le pauvre. Ensuite, tirant mon caporal signaleur, je me suis moi-même enlisé !

A Froideterre, distribution de vivres. Dans quel état nous sommes tous et gelés, la boue formant croûte sur la capote. Bien des hommes, aussi des officiers, ont raccourci leur capote. Scandale !

Nos pertes au régiment : 700 dont au bataillon 200, à ma compagnie, la moitié de l’effectif en ligne… »

« Le 1er novembre à 9 heures du soir, on part pour Verdun par les boyaux en contournant Souville. Je suis moi-même rompu comme jamais… »

« Le 11, pris de fièvre et courbatures je reste couché dans une Adrian sans porte et la paille trempée. Je ne m’alimente pas, exempt de service…. »

« Nos pertes du régiment devant Verdun du 29/7 au 25/11 1916 : officiers 59, sous –officiers114, caporaux 177, soldats 1572. Nos pertes sont supérieures au trente-huitième régiment d’infanterie qui reprit Douaumont… »

1917

« … Le 12 août préparation d’attaque, activité croissante de notre artillerie…Nous descendons à Verdun rue des Gros Degrés. »

« Le 14 au soir, le caporal infirmier est tué à côté de moi, côté gauche ouvert par éclats de gros obus. On voit le cœur et le poumon déchiré. »

« Le 15, des 380 tombent auprès du théâtre, le bout du pont visé. Il nous faut descendre dans les caves. Ma table-bureau est écrasée par une pierre de taille de faîte de la fenêtre, atteinte par un obus étant tombé à l’intérieur. On en rit avec le caporal qui m’avait appelé à le suivre… »

« Le 18, la relève se fait par Bras sous le bombardement dans les gaz. Un dépôt de fusées prend feu, trajet très dangereux, masqués… J’ai observé le tir sur Beaumont écrasé et en feu, un véritable enfer. Il y a des gazés dont le caporal muletier, Henri Bouin qui a ramené tout son personnel et son matériel. Il est évacué en ambulance, brûlé… Je le reverrai le 21 au matin, mourant… »

« Du 17 au 24 septembre, nous fournissons des travailleurs au génie pour réfection des boyaux. Grosse circulation aérienne de jour et de nuit. Vu trois boches tomber, une bonne batterie DCA est dans le coin qui met assez souvent son troisième obus dans le nez des appareils. C’est si rare !... »

« Le 30 novembre : Le Cornillet. Le soir même coup de main boche sur le 130 à notre droite, violents tirs sur le 103 à notre gauche. Tirs indirects de mitrailleuses et de fusils mitrailleurs. Tirs indirects boches. Le PC tranchée de Granville, ancienne première ligne boche avec entrées d’abris cavernes cimentées, abris blindés pour mitrailleuses. Nous n’avons jamais eu cela !... Tentatives de coups de main boches… »

« Le 8 décembre je pars en permission pour huit jours. Retour de permission, j’arrive pour monter en première ligne. Il neige encore… »

 

1918

« Le 28 attaque par avion boche de notre saucisse d’observation du camp, mitraillée sans succès, puis de celle de Mourmelon qui prend feu. L’observateur a sauté en parachute. Dix minutes après nos avions se montrent… »

« Le 2 février, tirs dispersés de l’ennemi. Escadrilles en l’air, un combat sans résultat. A 16h50 une de nos saucisses flambe, l’avion a profité du brouillard, saut de l’observateur… »

« Le 1er mars, de 1h à 2h20, puis de 5h à 5h30, tirs d’artillerie et gaz, prémices de la menace d’attaque prévue. Nouveaux réglages sur nos boyaux. J’ai l’habitude chaque jour en ligne et pour le bataillon d’en faire les points sur le compte-rendu des travaux résumés en fin de nuit sur renseignements des compagnies au commandant, transmis au colonel chaque matin avec la demande de matériel et des munitions nécessaires… Ce premier mars, après nouveau bombardement, attaque ennemie sur notre première ligne… Exécution des nouvelles méthodes de défense, abandon des tranchées (sauf à gauche) aussi les boches ont-ils pu s’infiltrer dans les boyaux après avoir forcé les premiers postes, la tranchée de la Marne, la tranchée de la Somme pour arriver jusqu’à celle de l’Oder le soir. Attaqué par six compagnies spécialisées, sur cette pente ouest de Cornillet, le 1er bataillon a été tourné et vaincu sur place, 125 hommes enlevés, 1 officier tué, 2 lieutenants disparus. A gauche un seul officier demeuré avec son monde dans le boyau a bloqué l’ennemi qui, ailleurs, s’est infiltré trop aisément. Le reste de la nuit a été très agité. »

«  Le 2, au petit jour, ce fut notre contre-attaque avec l’aide de la neuvième compagnie et le lieutenant de Prunelé, un bel entraîneur d’hommes. L’ennemi est partiellement refoulé mais il conserve la tranchée de la Marne. Faux communiqués boches et français… L’ennemi s’installe sur la crête du Saillant 142 qui lui donne vue sur notre secteur. »

« Du 2 au 10 on a travaillé à réparer les boyaux et tranchées, aussi aux défenses. » 

« Le 14 attaque du Saillant 142, reprise du terrain perdu. A 1h30 départ pour les lignes, le commandant Morin a préparé l’opération à son gré. A 12h30 nous effectuons un tir de torpilles, deux feintes de notre artillerie déclenchant une réponse de celle des boches. A 18h30, départ de notre attaque par vagues sur la tranchée de la Somme, l’élan est superbe, le barrage ennemi arrive quatre minutes après, derrière les assaillants qui, en neuf minutes, enlèvent l’objectif. Succès complet mais non sans pertes. Malgré les tentatives boches et les tirs, il faut rétablir l’ancienne ligne, réparer… Résultat : Vue enlevée à l’ennemi, 46 prisonniers, 7 mitrailleuses, 3 lance-bombes, des cuirasses, etc, fait des destructions et reconquis tranchées. Le nouveau colonel arrive trop tard, porteur des nouvelles consignes à appliquer sur le secteur, il en est bien temps ! On est ravi du succès. Avec Germain à l’observatoire je bouffe du gaz, un obus lacrymogène se vide devant nous. Germain pleurera et crachera des heures… »

« Le 14 juillet à minuit, l’attaque allemande se déclenche pour la deuxième bataille de la Marne. C’est un feu d’artifice formidable et étendu. Les opérations d’arrêt et de poursuite vont durer du 15 juillet au 1er août. Elles ont été très dures, épuisantes, durant quinze jours et quinze nuits. Bois du Roi, un charnier… Nous avons sauvé Epernay, contribué au demi-tour et à la fuite de l’ennemi qui tentait de marcher sur Paris, vers la victoire. Ces longs et rudes combats nous ont valu des pertes bien sûr. Il y a eu emploi de tous les moyens, même de petits tanks Renault qui n’ont pas été efficaces du tout… »

« Le 20 et 21 octobre, le régiment ne combattra plus… »

« Le 11 novembre, étant en marche sur les petites routes, direction Sedan, nous avons vu vers midi les américains qui progressaient à notre gauche, sortir et agiter des drapeaux étoilés et crier : « Finish la guerre ! » Questionné sitôt une pause, le lieutenant-colonel Lepetit a alors répondu : « L’armistice a été signé à onze heures ». Que ne l’avait-il pas crié sitôt su !... »

« C’est seulement le 10 août 1920 que je serai libéré, démobilisé à Chartres. Nous étions absents au grand défilé de la Victoire le 14 juillet 1919, étant consigné comme garnison de Paris. »

 

La fête de la Victoire à Paris

«  Maintenant, les images que j’ai pu garder de cette journée d’apothéose, pour nos grands chefs, pour nos Alliés, pour nos soldats de toutes armes.

Casernés à Courbevoie et à Paris, nous étions consignés pour le service d’ordre jusqu’à 16 heures. Nous n’en étions pas plus satisfaits ! Mon épouse, avec des amis de Levallois qui nous recevaient et allaient me fêter le soir très gentiment, avait pu assister la matinée à l’immense défilé aux Champs Elysées. Le tantôt elle vint me chercher au quartier, mais fut de force montée dans un tramway qui n’était pas le sien. La foule était énorme. Il en fut ainsi tard dans la nuit d’ailleurs et pour cause, jamais Paris ne fut si beau, si brillamment décoré, illuminé. Les magasins du Louvre étaient une splendeur, une forêt de drapeaux tricolores et de lumières tricolores. Ensemble, nous vînmes à l’Etoile et de là nous fûmes littéralement portés jusqu’à la Concorde. J’ai vu des enfants tenus à bout de bras au-dessus de la foule, à l’entrée de la rue de Rivoli ; vraiment il y avait danger pour eux. Après dîner à Levallois, nous avons fait de même pour voir toutes les illuminations des Champs-Elysées, de la Concorde. Nous avons eu grand peine à nous dégager pour rentrer à pied pour Levallois. Il n’était pas question de trouver un taxi ! »

 

 

 


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