Les noms de nos rues et de nos hameaux : le cas de Chevilly
Modifié le : 27/08/2026 17:07
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(Source : Bulletin d'information Chevilly-Histoire N°20 - automne 2024)
L’étude des noms de lieux, appelée « toponymie », est une pratique intéressante car elle permet de révéler des informations précieuses sur l’histoire de nos rues et de nos hameaux. C’est une science bien peu exacte, car elle se base sur des indices très divers mais parfois assez incertains. Par exemple, il est facile de trouver l’origine d’une « rue du moulin » ou d’une « rue du cordonnier ». En revanche, pourquoi une « rue sourde » à Chevilly, ou encore quelle est l’origine du nom « Langennerie » ?
On s ’aperçoit que l’étude de ces toponymes peut se faire dans les deux sens :
- soit on connait l’histoire du lieu, ce qui nous permet d’expliquer pour quelle raison il porte son nom
- soit on ne sait rien sur l’histoire du lieu, et dans ce cas c’est peut-être son nom qui nous aidera en tant que marqueur d’un évènement, d’une personne ou d’une époque (exemple : dans le quartier de la Mouchèterie il y avait peut-être un apiculteur, ou tout au moins les ruches qu’il exploitait).
Les sources sont nombreuses pour recenser et étudier ces noms de lieux, à commencer par les cartes et plans anciens. On s’aperçoit alors qu’autrefois, à l’époque où la plupart des actifs travaillaient dans les champs ou en forêt, un grand nombre de toponymes étaient connus et utilisés au quotidien : à Chevilly on allait labourer aux Terres-Blanches, ou couper du bois aux Théoderies. Les chasseurs, eux, ramenaient du gibier du bois de l’Aumône ou du Pré-Bosselin. Le rapport à la terre et à l’espace qui nous entoure n’est plus le même aujourd’hui, et de très nombreux noms de lieux sont désormais oubliés : qui connait encore la Mivoye, la Grimaudière, Vertefeuille … ?
On peut donc affirmer que, d’une certaine façon, la toponymie s’est appauvrie au fil des années : on relève plus de 180 noms de lieux-dits sur les différents plans anciens de Chevilly, alors que nous n’en avons plus aujourd’hui que 65 à être répertoriés sur la commune.
Essayons donc ici de raviver notre mémoire et rouvrir un dictionnaire des noms de lieux aujourd’hui bien effacé.
La commune, la paroisse, le bourg
Nous le savons aujourd’hui, le nom de notre commune a évolué au fil des siècles : d’abord Andeglou (ancien nom de la paroisse, devenu le nom d’un hameau), puis Chevilly (à l’origine nom du château, devenu le nom de la commune), sans oublier Langennerie (ancien nom du bourg le long de la route principale, devenu le nom d’une simple rue). Essayons donc tout d’abord de décrypter ces 3 noms de lieux.
CHEVILLY : c’est la racine latine « Sebiliacum » (ou Cabiliacum, selon les sources) qui serait à l’origine du nom « Chevilly », sachant que les terminaisons latines –acum sont devenues –y en français (voir Floriacum, Clariacum, Sulliacum, …). Ces noms latins seraient eux-mêmes issus de noms de domaines qui auraient appartenu à un certain Sebilius ou Cabilius. Le V étant ensuite devenu B, on parle aussi de Sevilius et Cavilius.
ANDEGLOU : on lit parfois comme explication « propriété d’Anne DE GLOU » mais on trouve surtout dans les textes anciens, comme le cartulaire de Notre-Dame de Voisins, les noms latins « Andeglovium », ou encore « Sanctus Germanus de Andegloto », avec des explications très incertaines.
LANGENNERIE : en vieux français, une engennerie, ou engeignerie, signifie « tromperie ». L’article étant rattaché au substantif, « L’Engennerie » désigne donc un domaine sur la valeur duquel le propriétaire a été trompé. Ce substantif a été formé sur le verbe engeignier, qui veut dire en ancien français « tromper », et qui lui-même dérive de « engin », du latin ingenium, signifiant non seulement « esprit », mais aussi « ruse, habileté, tromperie, fourberie ». Cette évolution linguistique a également donné le nom de Langennerie, localité près de Tours.
Les hameaux rattachés à la commune
LES CHAPELLES : celle que nous connaissons encore aujourd’hui, située route de la forêt, date du 19ème siècle. Elle a été précédée d’un autre lieu de culte, la chapelle Saint-Barthélémy, qui se trouvait un peu plus loin en direction de Bucy-le-Roi. D’où, peut-être, le pluriel donné au substantif. Pourtant, si la carte de Cassini indique bien « La Chapelle », on trouve « Les Chapelles » sur le cadastre napoléonien (pourtant antérieur à cette seconde chapelle …)
LES CHATELLIERS : de nombreux villages ou lieux-dits en France portent le nom d’un château ou d’une forteresse (Châteauneuf, Castel, Châtel, …), nom issu de la racine latine « castrum ». Ainsi, le lieu-dit « Les châtelliers », entre le bourg et les Chapelles, tient son nom de la motte féodale qui s’y trouvait (voir bulletin « Ceux de Chevilly » N°7 – juin 2020). Elle faisait partie d’un réseau de fortifications à l’entrée de la forêt d’Orléans (5 mottes sur le seul territoire de Chevilly), destiné à se protéger des attaques ennemies venant du nord de la France.
LA MARDELLE : le vieux français « mardelle » désigne une excavation pratiquée de main d’homme et ayant la forme d’un cône tronqué et renversé. Les préhistoriens considèrent ces excavations comme des fonds de cabanes de la période néolithique. Dans un sens géologique, une mardelle peut désigner une dépression circulaire ou elliptique d’origine karstique, sens qui peut s’appliquer à la Mardelle de Chevilly.
LA CROIX-BRIQUET : le nom de ce lieu-dit a été expliqué en détail dans le numéro 17 de ce bulletin « Ceux de Chevilly » ; rappelons ici simplement que ce n’est pas le matériau utilisé pour la construction de la croix qui a donné son nom au lieu-dit, mais l’inverse : on a édifié une croix en brique car le lieu-dit s’appelait ainsi.
LA FOLIE : un mot de la langue ancienne, issu du latin “folia”, désignait le feuillage. Les folies, durant tout le Moyen-Âge, étaient des constructions rudimentaires, faites avec des branchages, à l’usage des paysans et des “charbonniers” qui, dans nos forêts, faisaient du charbon de bois.
Autre explication possible : une « folie » désigne aussi une construction coûteuse et inutile, un domaine qui a ruiné son propriétaire, ou encore une maison de campagne où l’on vient s’amuser et « faire des folies ».
BEAUVAIS , BEL-AIR : ces noms rappellent la beauté et l’agrément de l’endroit, le repos que l’on y goûte.
Les noms de lieux-dits à Chevilly : pas moins de 180 noms répertoriés sur les plans anciens de la commune
La formation des noms de lieux-dits s’est faite au fil du temps avec des origines très diverses :
- les personnes propriétaires du lieu en question : soit leur nom de famille (le Bois-Renard, la Croix-Briquet, la Perrière à Lucas, le Pré-Bosselin), soit leur profession (rue des postillons, rue du cordonnier), soit leur titre (le Bois au Duc, le Chemin du Gentilhomme, l’Allée de Madame).
- les édifices religieux : les rues Saint-Jacques et Saint-Barthélémy rappellent qu’il y a eu autrefois une chapelle à ces endroits. Les rue du Couvent et de l’Ermitage indiquent, elles aussi, la présence d’un endroit voué au culte. Toutefois, si les textes anciens attestent de l’existence d’un couvent aux chapelles, nous n’avons trouvé aucune trace attestant d’un ermitage à Chevilly … D’autres noms sont également en rapport avec la religion : le Chêne du Bénitier, le Chêne de la Vierge, les Saint-Euverte, ou encore le Clocher d’Ambron. Il y a enfin un toponyme en rapport avec la religion mais sans explication connue : la rue des Juifs, indiquée sur le cadastre napoléonien sur une partie de l’actuelle rue des Ballets; ce nom n’est plus en usage aujourd’hui.
- l’eau : l’Etang ruiné, la Fontaine, Mouille-Savate, la Queue de l'étang
- les unités de mesure de la surface des parcelles : les Quatre-Toises, les Vingt-sept-Mines
- la nature du sol : Croûte-sèche, les Terres Blanches, les Sablonsles végétaux : le Grand-Orme, les Grandes Vignes, le Gros-Buisson, le Poirier-Pouilleux
- les animaux : la Fosse aux Lièvres, la Perrière au Coq, le Pied de Chien, la Renardière, la Table aux loups
- les constructions humaines : rue du Moulin, rue de la Gare, avenue du Château, rue du Château d’eau
- les voies de communication : chemin de Blois, avenue de Paris, allée de Nibelle, le Bout-filant
- l’histoire ou l’imaginaire : allée de l’Enfer, les Diableaux, les Trois-Rois
Les cours d’eau, les moulins, les croix de chemin …
Tout ce qu’on a besoin de désigner et d’indiquer fait naturellement l’objet d’une dénomination :
- les fermes : Beauvais, Nogent, Monchêne, Chameul, les Francs, les Pas-Ronds, le Petit et le Grand-Chevilly, …
- les moulins : ils portaient soit le nom d’un de leurs propriétaires (Moulin Turban, moulin Pépin, Moulin Royer), soit le nom de l’endroit où ils se trouvaient (moulin de Monchêne, des Chapelles, de la Grimaudière, de la Pointe, etc). Aujourd’hui c’est l’inverse : une rue a pris le nom de « Rue du moulin ».
- les croix de chemin : on trouve sur les plans anciens de Chevilly la Croix-verte, la croix des sept chemins, mais la plupart de nos croix, à l'instar de nos moulins, reprennent le nom de l’endroit où elles se trouvent : croix d’Andeglou, croix de Monchêne, croix des Francs, …
- les cours d’eau :
* le Nant : ce nom est d’origine celtique, nantos, latinisé Nantus et Nandus. Il subsiste en gallois sous la forme nant, avec le sens de « vallée » et de « ruisseau »
* la Couarde : l’adjectif « couard » (peureux, lâche) a donné lieu à un sobriquet qui est devenu un nom de famille. Il est possible que le cours d’eau « La Couarde » ait eu sa source sur un lieu dont le propriétaire portait ce nom, c’est-à-dire « le domaine de Couard ». A moins que la Couarde n’ait été considérée comme un petit cours d’eau la plupart du temps asséché, ayant du mal à se remplir et à apparaître et pouvant donc être « couard » …
* le Levrain : une analogie est possible avec le « lévrier », terme qui vient lui-même du mot « lièvre » (le Levrain est proche de la forêt !)
* la Retrève : c’est « l’eau qui remonte » (racine gauloise eve = eau, d’où « retour de l’eau »)
Les sources de cette étude toponymique ont été multiples : tout d’abord les cartes géographiques (cadastre napoléonien, Cassini, état-major, cartes IGN actuelles), les ouvrages de référence comme "Les noms de lieux du Loiret" (J. Soyer), mais on retrouve aussi tous ces noms de lieux dans les actes notariés anciens, qui étaient très précis dans la localisation géographique des biens vendus, ou encore dans la presse locale d’autrefois.









