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Maître Jean-François LEGRIS: Beauceron, notaire et adepte des "Jeudis de l'Histoire"

Auteur : Gaston  Créé le : 01/11/2020 21:26
Modifié le : 01/11/2020 23:14
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Le 15 septembre dernier, Jean-françois LEGRIS nous quittait à la veille de son quatrevingt quatrième anniversaire. Loirebeauce-encyclopedia souhaite honorer la mémoire d'un fidèle des "Jeudis de l'Histoire" dont la bonne humeur contribuait grandement à installer la convivialité qui règnait autour de la table que souvent il présidait.

Lors de sa cérémonie d'adieu en l'église Saint André de Patay, deux adresses ont été prononcées pour évoquer les éléments marquant de son passage sur la "Terre des Hommes".

La première prononcée par notre amie de "Racines du Pays LoireBeauce" Eliane WALTER relata les dates importantes de sa vie à Patay, dans le Perche puis son retour et son installation à Patay.

La seconde racontée par sa soeur Edith, nous fit revivre son enfance au sein de la grande famille du papa médecin dont le souvenir est toujours présent dans la région patichonne.

 

Mot d'accueil par Eliane WALTER lors des obsèques de J.F. LEGRIS le 22 septembre 2020

De racines ancestralement beauceronnes, vous naissez Monsieur Jean-François Legris, à Patay le 17 septembre 1936, d'un père médecin , unanimement estimé dans le canton et au-delà, et dont le nom comme les compétences, sont encore évoqués de nos jours avec vénération.

Huit enfants compte votre fratrie dont survivent deux filles et un garçon.

Baptisé dans notre église St André, enfant de chœur dès vos jeunes années sous la direction de « Dragon », dont la férule a calmé les inspirations pétillantes de plusieurs générations de servants d'autel, élève de l'école primaire de Patay, collégien à Dreux, à 18 ans vous entamez des études de droit à Paris, suivant des cours du soir et travaillant la journée dans l'étude notariale ADER.

En 1954, votre famille s’installe à Mortagne d'où, pour épargner une mobilisation sous les drapeaux à votre frère Xavier déjà père de famille, vous vous engagez à le remplacer, partant pour 28 mois en Algérie, à Tebessa.

A votre retour·en France vous épousez Marie-Claire le 17juillet 1961 en Normandie, dans le pays qui lui a donné le jour, comme elle l'a souvent chanté.

Vous évoluez dans des études notariales à Paris, à la Ferté Bernard tandis qu'Antoine, votre aîné vient au monde à Mortagne et en 1967, vous prenez la succession de Me Boudin, notaire à Patay, votre commune natale où vous serez conseiller municipal parfois fougueux durant plusieurs mandats.

Pendant des années vous vous rendrez à Lourdes en fidèle pèlerin avec votre épouse Marie-Claire dont la disparition brutale en avril 1999, vous accablera d'un chagrin que vous ne pourrez surmonter.

Notaire honoraire depuis juillet 2008, vous vivez discrètement, très proche de vos

trois enfants Antoine, Astrid et Emmanuel et de vos cinq petits-enfants Thomas, Mathilde, Morgane, Léa et Marie.

La lecture, les jeux de cartes, les rencontres dans la rue, les jeudis de l'Histoire à Tournoisis vous offrent des moments agréables ainsi que les réunions avec les CATM, camarades de campagnes militaires auxquels vous êtes toujours resté fidèle. Nous vous apercevions prenant un café, fumant un cigare au Centre ou aux Combattants.

Dans sa retraite, le notaire que vous étiez toujours pour les habitants du secteur, était souvent sollicité pour ses conseils, des déclarations de revenus ou autres démarches juridiques.

En juillet 2018, vous quittez votre grande maison de la rue de la Croix Blanche où murmuraient tant de souvenirs prégnants pour vous installer dans un logement moins spacieux. C'est là que la mort vous surprendra 15 septembre, deux jours avant votre 84ème anniversaire, toujours à Patay.

Que Dieu, notre Père, par son fils Jésus accueille les efforts, les joies et les peines de votre vie et vous comble, monsieur Jean-François Legris de sa paix et de sa miséricorde auprès de ceux que vous avez aimés.

 

Retrouvailles lors d'un "Jeudi" consacré à l'histoire de la mécanisation agricole

Texte d'Edith, sa soeur en collaboration avec Agnès, une autre soeur

et son frère Jacques, 22 septembre 2020: Cérémonie pour le départ de"FAN"

 

I l était une fois un jeune médecin et son épouse, Pierre et Roberte LEGRIS

qui vinrent s'installer en 1934 à Patay ; ils eurent huit enfants, sept en sept ans, six garçons et une fille jumelle du sixième garçon, et une dernière fille 10 ans après; Cette famille vécut à Patay durant vingt ans.

Jean-François était le fils cadet de cette famille, et mon deuxième frère.

Pour nous enfants, la vie dans ce village était extraordinaire,

il y régnait une liberté: on aurait dit comme un grand terrain de jeu, nous pouvions, nous et nos amis, circuler partout, aller et venir, aucun recoin ne nous était inconnu;

la plupart des habitants, nous les connaissions, artisans, commerçants, notamment le cordonnier­ bourrelier et le bijoutier, les personnes aisées, ou pas, les vieux comme les jeunes.

Nous disposions aussi, dans notre maison d'un grand jardin. Ainsi notre aire de jeu, village et jardin, était très vaste.

Jean-François était un enfant joueur, vif, rapide, vigoureux, décidé, n'hésitant pas à dire ce qu'il avait à dire, et aussi plein de tendresse cachée (pour la préserver peut être?)

Nous jouions beaucoup : velos (courses de vitesse ou de lenteur), cerceau tenu et dirigé par un baton et nous courions sans fin à son côté, patins à roulettes, trottinettes, échasses, jeux d'escalade, ballon, etc..., on sillonnait le village en tout sens.

Une autre de nos activités : la construction d'engins, je me souviens d'une carriole à quatre roues dont mes frères se servaient, entre autres, pour m'emmener chercher le pain chez la boulangère, j'étais comme une princesse dans son carrosse.

L'hiver, c'étaient les jeux d'intérieur, les jeux de société, les cartes, les billes, les jeux inventés , et puis bien sûr, les combats, la lutte, le catch, à qui mettra l'autre KO .

Jean-François et moi, nous jouions pour de vrai, nous aimions gagner.

Petite, je craignais un peu mon grand frère, surtout lorsque la radio donnait les résultats sportifs des matchs. Là, pas un des frères et sœurs ne devait troubler l'atmosphère, sinon gare à lui, il était expulsé dehors en un temps record.

Vers 1954, toute la famille quitte Patay pour aller dans le Perche, à Mortagne au Perche.

Jean François est adolescent, il choisira très vite son métier, son père est très étonné du choix de cet enfant si bouillonnant et vif. Il le met à l'épreuve et lui trouve un stage chez un notaire des environs ; Il fait confiance à son fils, et lui offre une moto, pour qu'il puisse assurer son stage durant toutes les grandes vacances, et être indépendant.

Et puis, c'est la Guerre d'Algérie, il nous dira très peu de choses à son retour, et il ne fallait absolument pas lui en parler, et cela pendant longtemps.

Puis Il se marie avec Marie-Claire Ganivet à Mortagne au Perche. Et tous les deux vont venir s'installer à Patay. Jean Francois revient dans son pays natal, où il exercera sa profession de notaire. Il retrouvera là des familles connues.

Chacun de nous, frère et sœur faisons notre vie, tout en gardant un lien.

De par son métier de notaire, Jean-François touche de très près la manière de vivre de chacun dans tous les moments importants de leur vie, il en est témoin et garant;

De par sa personnalité, en plus du juridique, il a à cœur que les liens familiaux soient profondément respectés.

Beaucoup lui demande conseil, il répond avec toute sa franchise, et un point de vue argumenté. Parfois, nous les proches, moi, par exemple, je lui explique mes intentions au sujet d'un acte à poser, il écoute, et me renvoie en un éclair, en quelques mots bien ciblés, sa vue de la situation, sans sentimentalisme, quelquefois un peu accusateur, et me voila sur le coup, surprise, désemparée. Quelque temps plus tard me remémorant ce qu'il m'avait dit, -ses constats et affirmations- , je réajustais mon regard, et le remerciais en silence de ses conseils très pertinents.

Marie-Claire, son épouse, par sa patience, son amour, et sa discrétion, a beaucoup contribué à l'épanouissement de son mari.

Jean-François, un homme qui voyait tout, très vite, très sensible, et toujours très discret.

Il avait un immense respect de sa famille proche et élargie, il s'est énormément occupé de ses Parents, oncles, tantes, frères, soeurs, cousins, cousines, neveux, nièces, ...et également de tous ses amis.

Mon frère Jacques. qui souffre de ne pouvoir participer ce jour à la cérémonie pour raison de santé, dit de son frère cadet : « Jean-François a montré tout au long de la succession paternelle, son dévouement, sa patience contenue et son désintéressement qui sont bien les marques de son grand cœur »

Il croyait profondément dans les liens familiaux, dans les liens amicaux, œuvraient pour qu'ils perdurent.

Pour lui, il existait certaines valeurs essentielles, qui nous guident dans nos actes :

l'amour, l'amitié, la fidélité, la responsabilité c'est-à-dire prendre des décisions et les assumer, la bonté, et je suis témoin de la sienne.

C'était un homme bienveillant et responsable, gérant et répondant du bien être de tous ceux qui le côtoyaient.

Nous n'osions pas trop lui manifester notre grande reconnaissance par une espèce de mélange de pudeur- timidité- discrétion, et par crainte de le gêner.

Et aussi parce que exprimer sa gratitude est difficile, cela demande une certaine humilité, un discernement et une grande simplicité, c'est tout un art:

 

Alors, apprenons, tâtonnons afin de pouvoir remercier dignement ceux et celui qui nous a tant donné, avant qu'ils ne partent.

Le "batteux", le paysan et le notaire: La France rurale et profonde!

 

 

 


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