Meung-sur-Loire - Le Tétramorphe de la collégiale St Liphard
Modifié le : 10/08/2026 20:46
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Il y a, à l’entrée du chœur de la collégiale St Liphard de Meung-sur-Loire, deux figures soutenant chacune une colonne.
A gauche, une tête de bœuf et à droite un visage d’homme (voir figures ci-dessous).
Quelle est la signification de ces deux figures ? C’est ce que je vous propose de lire dans cet article.

La première proposition de réponse à cette question m’a été donnée par Mme Barochez (responsable de la commission diocésaine d’art sacré) lors de ma visite de l’église St Aignan à Orléans ; « il s’agit peut-être du Tétramorphe, c’est-à-dire de la représentation des 4 évangélistes ».
Puis, plus tard, en consultant le livret d’accueil de la collégiale St Liphard, réalisé par l’abbé Bernard Neveu en 1977, celui-ci propose la même réponse que celle de Mme de Barochez. Il écrit dans son livret : « A l’entrée du sanctuaire, vous êtes sans doute frappés par les énormes saillies de deux têtes supportant deux piliers. On peut penser qu’il s’agit des symboles des évangélistes Jean et Mathieu, et que les deux autres figures (l’aigle et le lion) n’ont jamais été réalisées.
En effet, la signification de ces deux figures est bien la représentation symbolique des évangélistes qui était l’un des thèmes les plus courants de l’iconographie du Moyen-Âge en Occident.
L’exemple de ce « demi-Tétramorphe » est exceptionnel car la représentation du Tétramorphe apparait rarement dans nos petites églises du pays de Loire Beauce.
A l'intérieur de la collégiale de Meung il ne reste plus que deux figures sculptées sur quatre. Une figure représente le bœuf et l’autre l’homme (visage avec une barbe !). Que sont devenues les figures de l’aigle et du lion ? Personne, pour l’instant, n’a une réponse à cette interrogation.
Le tétramorphe orne plus souvent le tympan des nombreuses cathédrales (Chartres, Angoulême, Angers…).
Dans notre pays Loire-Beauce cette représentation des évangélistes figurait autrefois (19ème siècle) sur des croix de tombes, dans les cimetières, comme ici dans celui de Charsonville.
ou sur la croix de la place de l’église de Charsonville ou sur des croix hosannière (Binas).
Une représentation plus récente du Tétramorphe nous est signalé dans le livre « nos belles églises de Beauce » édité par l’association « Chevilly histoire ». On nous indique que dans l’église St Martin de Coinces il existe un autel, de style Art Déco, qui se présente sous la forme d’une table reposant sur deux piliers. Ces piliers comportent sur leur face des panneaux sculptés avec des têtes symbolisant les 4 évangélistes accompagnés d’une phrase extraite de leurs évangiles respectifs.
L’association « Chevilly histoire » ajoute qu'on rencontre ces figures sur les cuves des chaires à prêcher (les chaires servant à prêcher les Évangiles) comme ci-après à St Sigismond et Gidy.

St Sigismond

Gidy
Non loin de notre pays Loire-Beauce, à Châteaudun, j’ai retrouvé par hasard dans l’église St Valérien (voir figures ci-dessous) des sculptures qui représentent le bœuf et une autre le lion. Que sont devenues les figures de l’aigle et de l’homme ?
Le Tétramorphe ?
Dans l’art chrétien on trouve très souvent le motif appelé le Tétramorphe. Ce terme provient du grec « tetra », qui veut dire quatre et de « morphé » qui veut dire forme. Dans l’art chrétien, c’est le terme employé spécifiquement pour nommer les représentations des quatre évangélistes, chacun étant accompagné ou représenté par une créature.
L’origine
Le tétramorphe trouve son inspiration dans les visions de deux prophètes de l’Ancien Testament : Daniel (les quatre bêtes et la Gloire du Fils de l’homme) et plus encore Ezéchiel (les quatre Vivants).
Identifiés dès le 2ème siècle comme les symboles des Evangélistes et considérés comme les piliers de la foi chrétienne, les écrits, qui relatent la vie et l’enseignement de Jésus, figurent parmi les textes les plus importants des débuts du christianisme.
Les 4 évangiles
La foi des Chrétiens repose sur le témoignage des apôtres ou des disciples des apôtres. Parmi ceux qui ont relaté les épisodes marquants de la vie de Jésus, quatre ont été retenus par les Eglises chrétiennes : Marc, Matthieu, Luc et Jean. Les autres évangiles, écrits au 2ème siècle, non reconnus, sont dits apocryphes.
La tradition chrétienne attribue donc la rédaction des quatre évangiles canoniques à deux apôtres (Matthieu et Jean qui ont connu Jésus), un disciple de l’apôtre Pierre (Marc) et un disciple de Paul (Luc).
L’Eglise a inscrit dans son Canon 4 évangiles ; ceux de saint Mathieu, de saint Marc, de saint Luc et de saint Jean.
Les trois premiers ont entre eux des relations très étroites ; même plan, même succession et même type de récits, même vocabulaire…Le quatrième évangile constitue une unité absolument indépendante. C'est une œuvre méditative, qui relate peu d'événements. Jean insiste sur la relation étroite qui lie Jésus à Dieu.
Les représentations des 4 évangélistes
Les quatre évangélistes ne furent identifiés avec le Tétramorphe et fixés qu’à partir du 5ème siècle.
Saint Mathieu (l’homme). Il est l'auteur du premier évangile (dans les années 80). Après la dispersion des apôtres, il prêche en Ethiopie où il est martyrisé. Cet évangile était destiné aux nouveaux chrétiens d'origine juive. L'auteur est un juif pétri de culture biblique devenu chrétien. Mathieu, soucieux de marquer la continuité entre les communautés, débute son témoignage par une généalogie qui présente Jésus comme le descendant de David. Saint Jérôme explique que Matthieu a pour attribut l'homme parce qu'il insiste surtout, dans son évangile, sur l'humanité du Christ et commence son évangile par la généalogie de Jésus.
Saint Marc (le lion).
Rédigé vers 65-70 probablement à Rome, son évangile, le plus court des quatre, est le plus ancien. Marc serait un disciple de Pierre, il n’a pas connu le Christ. Son livre est destiné à un public romain. Il présente Jésus comme libre, refusant d'être le Messie politique et royal que les Juifs attendaient. Évêque d'Alexandrie, il y a été martyrisé en 67. Il a pour emblème un lion parce que son évangile témoigne surtout de la résurrection. Dès les premières lignes de son récit, il débute avec la voix prophétique de Jean-Baptiste résonnant dans le désert, tel le rugissement d’un lion.
Saint Luc (le taureau).
La tradition fait de Luc un compagnon de Paul. Il christianisa la Macédoine et fut crucifié en 84 de notre ère. L'écriture est celle d'un homme de culture grecque, qui s'adresse à des communautés grecques. Son « second tome » s'intitule « les Actes des Apôtres », et fait partie également du Nouveau Testament. Ces deux livres constituent la première « histoire du christianisme », débutant à la naissance de Jésus jusqu'à l'arrivée de Paul à Rome. Luc est symbolisé par le bœuf ; cet attribut s'explique par le fait qu'il traite surtout du sacerdoce de Jésus (le sacrifice). Or le bœuf a toujours été l’animal du sacrifice. Dans la description de la Nativité de Luc, le bœuf est témoin, avec l’âne, de la naissance du Christ.
Saint Jean (l’aigle).
Après la dispersion des apôtres, il s’est fixé à Ephèse en Asie mineure, où il composa l'Evangile vers l'an 90. Exilé à l'île de Patmos sous le règne de Domitien, il y rédigea l'Apocalypse. Son emblème est un aigle, symbole de ce qui vient d’en-haut. Son Livre parle surtout de la divinité du Christ. Au Moyen-Age, on considérait que seul l'aigle pouvait regarder directement le soleil sans être ébloui ; le soleil étant évidemment une personnification divine. Et également parce que, tel l’aigle, saint Jean est parvenu, dans sa Révélation, à voir au-delà de ce qui est directement présent.
L’ordre de représentation
Dans la plupart des représentations iconographiques du tétramorphe, l’homme et l’aigle sont dans la partie supérieure, le premier à droite de Dieu, le second à sa gauche. Le lion et le bœuf sont dans la partie inférieure, respectivement à droite et à gauche du trône de Dieu.
Sources :
Merci à Mme Pascale de Barochez (diocèse d’Orléans) de m’avoir offert cette idée d’article et proposée une explication. Qu’elle en ait l’honneur.
Collégiale Saint-Liphard – Meung-sur-Loire – 1977- de Bernard Neveu, curé de Meung, à l’occasion du 15ème centenaire de la naissance de St Liphard.
Les 4 évangiles – Chanoine Osty et M Trinquet, professeur au séminaire St Sulpice – Editions Siloé – 1966
Nos belles églises de Beauce de Régis Phélut et Jacques Raunet, édité par l’association « Chevilly histoire » - 2026.
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