Un trésor à Tivernon - Le récit d’un procès « d’Etat » au 14ème siècle
Modifié le : 06/09/2026 10:03
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Aujourd’hui, lors d’une balade en forêt, sur la plage, à la campagne ou sur un terrain privé vous pouvez trouver des objets précieux ; des objets ou des vestiges qui peuvent intéresser la préhistoire, l'histoire, l'art, l'archéologie ou la numismatique. Dans ce cas, le découvreur (appelé l’inventeur) et le propriétaire « sont tenus d'en faire la déclaration immédiate au maire de la commune, qui doit la transmettre sans délai au préfet » (article L. 531-14 du Code du patrimoine).
Ce dernier doit à son tour aviser l'autorité administrative compétente en matière d'archéologie. Si leur valeur patrimoniale est prouvée, mauvaise nouvelle, l’État peut s’en attribuer la propriété exclusive !
Mais quand était-il au 14ème siècle ? Voici ci-après l'histoire véridique d'un procès au 14ème siècle, vers 1388, entre le Roi et l’abbaye de St Denis.
La découverte du trésor au 14ème siècle
Un paysan travaillant dans un champ près de la ferme du Bréau (paroisse de Tivernon) aperçut quelque chose de brillant dans la terre. En creusant, il découvrit une petite jarre en terre cuite remplie de centaine de pièces en cuivre qui n'étaient plus en usage depuis les Mérovingiens (5 au 8ème siècle). Les pièces avaient été cachées depuis plusieurs générations, probablement par un fermier qui craignait les invasions. Leur propriétaire n’était jamais revenu les chercher.
Le paysan comprit rapidement que ce trésor pouvait avoir une grande valeur. Mais, au Moyen Age, découvrir des pièces de monnaie enfouies ne signifiait pas forcément qu’on pouvait simplement le garder ; selon les lieux et les seigneurs, les trésors pouvaient appartenir au propriétaire de la terre (ici l’abbaye de St Denis) ou au seigneur (ici le Roi).
En Orléanais, les « fortunes d’or » appartenaient au roi ; les « fortunes d'argent » aux seigneurs qui avaient « grant joutise » en leurs terres.
Ces pièces de monnaie de cuivre « faite à ymages de Sarrasins » avait été trouvée sur le territoire du Bréau, qui dépendait de la justice de Toury-en-Beauce, relevant elle même de l'abbaye de Saint-Denis-en-France.
Avant de poursuivre cette histoire il est nécessaire de dire ce qu'il faut entendre au Moyen Age par monnaie « à ymages de Sarrasins ». Il s'agit évidemment de monnaies impériales romaines. Car au Moyen-Âge les anciens Romains étaient compris, sous l'appellation générique de Sarrasins, désignant tous les païens.
Le procès
Je reviens à mon sujet : A la requête de Guillaume Trotet, procureur du roi au bailliage d'Orléans, ces monnaies antiques, furent saisies comme devant appartenir au souverain.
Mais le procureur des religieux de Saint-Denis, Jean Pasté, exigea la délivrance des pièces, en soutenant qu'à Toury, l'abbaye avait la justice haute, moyenne et basse et que, par conséquent, toutes les épaves, « soit de monnoye ou autres choses », découvertes sur le territoire de ladite justice, appartenaient au monastère.
Le procureur du roi maintint sa thèse ; d'où le procès qui fut plusieurs fois remis.
Finalement les parties décidèrent de charger Guillaume Trotet d'exposer l'affaire aux prochains « jours » du Parlement, pour qu'ensuite le gouverneur d'Orléans, ou son lieutenant, pût rendre sa sentence d'après l'avis des magistrats de la Cour suprême.
Guillaume Trotet alla consulter maître Jean Ancher, procureur général, maître Oudart de Moulins, avocat du roi, et d'autres membres du Parlement. Leur opinion unanime fut que les dites monnaies appartenaient aux religieux de Saint-Denis et qu'elles devaient leur être délivrées.
Le procès vint aux assises du bailliage d'Orléans, qui s'ouvrirent à Janville au mois de novembre 1388. Ces assises de Janville étaient présidées par Guillaume de Pimelin, lieutenant-général de Monseigneur Guillaume Guenant, chevalier, seigneur des Bordes, chambellan du roi et gouverneur du bailliage d'Orléans.
A la séance du jeudi 26, le procureur du roi, rapporta l'opinion des sommités judiciaires qu'il avait consultées ; puis Jean Pasté requit la délivrance des monnaies sarrasines aux religieux de Saint-Denis.
Le verdict
Les moines obtinrent gain de cause ; et, selon l'expression juridique du temps, la « main du roi ». mise sur le trésor, fut immédiatement levée.
Le magistrat, non content de défendre avec acharnement les droits de son souverain, cherchait à les augmenter en s'appuyant sur une vieille loi romaine, (encore en vigueur dans les premiers siècles de l'Empire), qui obligeait tout citoyen découvrant un trésor, même sur le sol qui lui appartenait, à en céder la propriété au Fisc.
Sources :
Article réalisé par Patrick Thauvin-Gasnier à partir des bulletins de la société Archéologique et historique de l’orléanais – Gallica - Jacques Soyer.









