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Patay, 1er Marché mondial du Fareau

Auteur : Poulot  Créé le : 13/05/2013 07:26
Modifié le : 21/05/2013 13:32

 

Patay 1er marché mondial du Fareau

Document de Guy DESCAUSES

Avertissement : Cet article fait suite à la contribution de notre

témoin sur la production du

trèfle incarnat, en Beauce

dite pouilleuse, en ligne sur ce site.

Ci-dessous on suivra ce que

représentait cette plante

 

 

dans un passé assez récent.

Ce témoignage sur le

marché au fareau de Patay

 

 

 

est,pour beaucoup de Patichons, une tranche d'histoire

 

  

LA COMMERCIALISATION du FAREAU

De l’ampleur prise par cette production de " fareau " à sa première position mondiale, sur ce marché, restait la question posée :

Pour qu’elle utilisation ?

A la réflexion, j’ose penser que les producteurs ne se posaient pas la question, l’important avant tout autre chose étant l’écoulement de leur production, et ce, au meilleur prix, le reste……. 

Cette attitude n’était d’ailleurs pas sans déplaire aux acheteurs négociants qui restaient très discrets sur l’importance des besoins.

A ce stade, il me faut de suite écarter la fameuse Légende de l’époque : Savoir que cette graine de " fareau " servait à fabriquer de la « poudre à canon ».

A la réflexion, on peut imaginer que c’était un leurre permettant de laisser place à toutes interrogations sur la variation des cours d’achat de ce marché qui, en réalité, était très spéculatif.

Si le besoin du marché français était très important dans les régions d’élevage ou de production laitière, telles le Sud-Ouest (Toulouse - Bordeaux) - Bretagne / Normandie (Rouen - Rennes) étaient très demandeurs

A l’extérieur de l’hexagone, Belgique et Espagne faisaient aussi une part non négligeable de cette production.

Mais plus encore, et ce de façon beaucoup moins connue, une partie de cette production de " fareau " allait faire la convoitise des Etats-Unis d’Amérique, comme ils se dénommaient à l’époque, aux environs des années 1925 -1930.

Souhaitant développer leurs productions céréalières et, pour ce faire, mettre en culture les immensités incultes de leurs territoires, ils s’intéressèrent au " fareau " afin de produire et d’enfouir en vert cette formidable plante pour améliorer leur sol.

L’on retrouve ici l’aspect spéculatif d’une partie de cette production ; il était nécessaire d’anticiper les achats pour pouvoir assurer ce marché.

La complexité de ce débouché était de parvenir à connaître les besoins d’une année à l’autre d’où la fluctuation des cours, la grande inconnue étant la durée dans le temps de ce débouché.

En fait, avec l’interruption de la guerre 1939-1945, ce marché reprendra jusqu’aux environs des années 1950/1952.

L’arrivée sur le marché des engrais chimiques allait mettre un terme à cette production et la commercialisation passée, de ce que fut le premier marché mondial du " fareau".

Pour tous les acteurs de ce marché,

une page de « l’agriculture beauceronne » venait de se tourner.

 

LES MARCHÉS DU FAREAU   

avaient, eux, une ambiance particulière du fait de la présence de tous les négociants en grains du secteur avec leurs représentants et acheteurs.

Pour plus de discrétion, le quartier général des négociants se tenait au premier étage où mes parents avaient fait installer le téléphone (N° 23 à Patay), ce qui leur permettait ainsi d’avoir une relation directe avec la Bourse aux Grains de PARIS.

Après concertation, le marché pouvait ainsi s’orienter au plus près de la demande.

Sous la Halle, dans le Café, les cultivateurs vendeurs avec leur témoin en main (la pouchette : petit sac d’échantillons) attendaient l’offre de leurs négociants.

Suivant l’importance des lots à vendre ou disponibles, les offres d’achats des négociants, les tendances des cours variaient, faisant alterner le chaud et le froid, chacun de son côté refaisant ses comptes jusqu’à l’ultime clôture ou l’attente du prochain marché.

Si la vente était conclue, on se tapait dans la main, seul l’acheteur notait le marché sur son calepin, c’était la confiance absolue avant tout ; et malheur au vendeur qui trahissait son engagement car, vite connu, il était mis a l’index de tous les négociants. (Ils étaient peu nombreux).

Les deux plus forts marchés de " fareau "se tenaient les deux mardis suivant le 14 juillet.

NB : Il est bon de préciser que cette production de "fareau" avait l’avantage, pour les exploitants de cette Beauce Pouilleuse aux rendements céréaliers inférieurs à celui des terres beaucoup plus riches, de générer un apport financier non négligeable permettant à la plupart d’entre eux de faire, comme ils le disaient, "la soudure" entre deux récoltes. (voir l'article sur la culture du fareau sur ce site).

 

LES ANIMATEURS DU MARCHÉ DE PATAY. 

La compétence et le dynamisme des principaux Acteurs de ce marché allaient faire de PATAY le PREMIER MARCHÉ MONDIAL DU FAREAU.

Si, sur le plan local, Monsieur Maurice PACAUD (négociant rue de la Gare à patay) dont la notoriété en ce domaine était reconnue et qui allait prendre une part active sur ce marché, deux autres négociants en graines non moins connus :

Monsieur Marcel PERRUCHET - Monsieur Louis GILLARD, avec leur clientèle respective, contribuèrent à la formation de ce noyau patichon.

La majeure partie des approvisionnements allait venir des très importants négociants régionaux :

Les Établissements Maurice CORNET  à Orgères en beauce et ses Fils : André - Jean - Charles - Michel - et Pierre (très jeune à cette époque, faisait ses premières transactions).

Leur clientèle était localisée dans l’Ouest et le Sud-Ouest en ce qui concerne le marché français.

Très connus aussi sur le marché :

Les Établissements LABBÉ - LEPLATRE à Artenay - Monsieur Edouard LABBÉ et son fils Michel ;

Puis, non moins importants, l’ensemble des Établissements LÉCUREUR :

  • Établissements LÉCUREUR à Orléans : Messieurs Camille et Jacques LÉCUREUR ;

  • Établissements LÉCUREUR à Orgères  : Monsieur Baptiste LÉCUREUR ;

  • Établissements LÉCUREUR - C. G à Artenay  : Monsieur Germain LÉCUREUR - Monsieur Lucien PRIEUR.

En recherchant les origines des exportations du" fareau " vers les

Etats-Unis, tout laisse à penser que ce fut Monsieur Germain LÉCUREUR qui découvrit cette filière, par l’un de ses proches courtiers en Bourse résidant Rue du Louvre à PARIS.

NB : Il est à ce stade important de souligner la notoriété de Monsieur Germain LÉCUREUR qui était le 7ème garçon de cette grande famille.

Sollicité en 1945 par la Maison VILMORIN alors en difficulté, il releva le défi et devint le Directeur Général de cette grande maison.

 

LIVRAISON, CONDITIONNEMENT, EXPEDITION, 

 

Toutes les livraisons étaient effectuées par le client vers le négociant.

La "balle de fareau " devait être livrée à 101 kgs poids brut (pour l’usure du sac).

Les sacs spéciaux étaient confectionnés en lin, tissés très serrés et pesaient 700 grs. Ils étaient payés par l’acheteur qui lui, se fournissait chez les marchands ou loueurs de sacs tels que :

L’UNION - EMERY - SAINT-FRÈRES - DOLIGÉ -

Cousus et cachetés avec le poinçon de la gare d’expédition, chaque année, des milliers de quintaux étaient expédies en gare S.N.C.F. par wagons de 20 tonnes scellés, poinçonnés "origine de production" vers la Bretagne, la Normandie et autres destinations.

Concernant l’Amérique :

Dans les mêmes conditions, départ gare S.N.C.F., direction :

Port maritime de Rouen où la cargaison était embarquée sur les bateaux  qui avaient pour nom : De GRASSE ou LE ROCHAMBEAU.

Eh oui ! L’OR ROUGE DE LA BEAUCE allait conquérir L’AMÉRIQUE…


         1                                   2          

1 - Avec chapeaux : Les grainetiers

2 - Avec casquette, petit gilet, cravate, culotte de cheval, chaussures et guêtres : De toute évidence le marchand de bestiaux.

- A l’arrière-plan, très connue sur la région de production,
la quincaillerie Mi
chau où l’on venait s’approvisionner des fourches "spéciale fareau".


A droite du Café du Commerce, au-dessus du portail, l’inscription :

«Dépôts de sacs Saint Frères et balles à Trèfles ».

 

 

 


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