Binas : Les curés-Baron
Modifié le : 15/10/2026 11:04
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Donnant sur une rue du bourg de Binas, il y a, gravée sur le pignon de l’ancien presbytère, une armoirie (voir figure ci-dessous) qui rappelle probablement un évènement très particulier qui s’est déroulé dans l’église de Binas vers 1630 et dont voici le récit.
Le contexte
Au début du protestantisme en France, Orléans, à cause de son Université, était un des foyers de la Réforme. En effet, Calvin y avait étudié le droit en 1528-1529. Une Eglise fut constituée à Orléans en 1557 et l’année suivante la Réforme se répandit véritablement dans toute la région. Ainsi on comptait, à cette époque, jusqu’à 5 Eglises protestantes (Mer, Marchenoir, Beaugency, Briou et Lorges).
L’affaiblissement du pouvoir royal sous la Régence de Catherine de Médicis en 1560, créa une condition favorable à l’expansion du protestantisme avec son historique Edit de St Germain du 17 janvier 1562 tolérant le culte protestant uniquement dans les maisons privées et hors des villes closes. Le massacre de Vassy ayant déchaîné la guerre civile dans tout le pays, les protestants s’emparèrent d’Orléans qui devint leur place forte en 1562 et ils pillèrent les églises de la ville et des environs. Catholiques et protestants s’affrontèrent alors dans une guerre civile qui éclata en 1562.
Le protestantisme se rependit aussi dans la région de Binas par les colporteurs qui, dans les foires, vendaient des livres saints et des bibles, défendus pour la plupart, mais achetés par la petite noblesse qui savait lire. Comme l’écrira Calvin en 1553, « dans le Blésois, surtout la noblesse est remuée ». En effet, de nombreux petits seigneurs de la région de Binas étaient protestants et la répression contre eux commença très tôt dans la région. Mais malgré ces persécutions, les protestants de la région de Binas s’organisèrent, nommèrent des Pasteurs et élevèrent des Temples. Celui de Marchenoir date de 1576. Les Pasteurs tiendront leurs propres registres paroissiaux où seront inscrits les baptêmes, mariages et enterrements.
Les guerres de Religion prirent fin en France en 1598 avec la signature de l’Edit de Nantes par Henri IV.
L’attentat vers 1630
Cela faisait donc longtemps que les protestants, sans être majoritaires, étaient nombreux dans la région de Binas.
Isaac de Germancourt, Seigneur-baron de Ménainville, de la paroisse de Binas, était connu pour être un partisan exalté de la religion réformée.
Vers 1630, le seigneur de Menainville entra un dimanche dans l’église et devant tous les fidèles réunis, tua le curé qui célébrait la sainte messe.
C’était sans doute pour se venger du zèle que le curé mettait pour déraciner « l’hérésie » dans sa paroisse que le Seigneur Baron de Ménainville avait décidé de le tuer.
Quoi qu'il en soit, après jugement, le meurtrier fut conduit devant le portail de l’église de Binas pour faire amende honorable puis condamné à être écartelé. Tous ses biens furent confisqués par le Roi et la seigneurie du Lude, lui appartenant, fut confisquée et ajoutée aux biens de la cure, qui en jouira jusqu'à la Révolution de 1789.
En outre, le roi Louis XIII nomma du titre de Baron les curés de Binas. Il leur accorda aussi le droit de faire garder les portes de l’église de Binas par deux dogues attachés, et même celui d’avoir, sur l’autel, lorsqu’ils célébraient la messe, deux pistolets chargés.
Cette précaution sans doute extraordinaire était fondée sur la nécessité de réprimer ou au moins de prévenir les excès des réformateurs qui auraient voulu imiter le lâche attentat commis par le Seigneur de Ménainville.
La seigneurie de Menainville n'existe plus, mais selon A. MOUZÉ, Curé de Saint-Léonard, en 1885 « on voit encore quelques vestiges de l'ancien château dans la ferme qui le remplace. En examinant les murs d'une grange qui fait partie de cette ferme, on en remarque la base solidement bâtie en belles pierres de taille ; ce qui indique que cette grange a été construite sur les restes du château. On y voit aussi quelques restes de l'ancienne chapelle ».
Jusqu’à la révocation de l’Edit de Nantes en l’année 1685, donné par Henri IV en 1598 et confirmé en 1616 par Louis XIII, les huguenots (les protestants) eurent dans ce bourg un cimetière particulier.
Depuis l’événement, arrivé vers l’année 1630, les titulaires de la cure de Binas ont constamment pris dans tous les actes publics les qualités de curés-barons de Binas, seigneur du Lude et du Parc (le Parc, métairie et bois, situés près de Villegrau à l’est, paroisse de St Laurent-des-Bois).
Cependant, les archives de l’église de Binas ne contiennent aucun document concernant le titre de baron accordé aux curés de cette paroisse. On trouve seulement dans les registres paroissiaux que, à partir de cet événement et jusqu'à la Révolution, les curés signent toujours : curé Baron de Binas. Comme par exemple de 1646 à 1686, le curé nommé Sulpice Douer signera curé Baron de Binas (voir figure ci-dessous).
Descriptif de l’armoirie
Je ne connais pas la date de la réalisation de cette armoirie ni la date de la construction de l’ancien presbytère.
En bref, les archives nous apprennent qu’en 1793, les églises ayant fermées et les prêtres obligés de se cacher, le presbytère de Binas se trouva inhabité.
C’est alors que Jacques Piau, (1759-1834), instituteur né à Thiville et marié avec Françoise Imbert, en prit possession car son école était trop petite et qu’il y fit l’école jusqu’en 1799.
Pour rappel, depuis 1668 jusqu’en 1793, les maîtres d’école ont fait école, d’abord dans la maison donnée en 1668 par MM Coutanceau, et ensuite dans la maison donnée au maître d’école en 1726 par M Chevalier, curé de Binas.
De 1795 à 1799, c’est donc M Piau qui a exercé, toujours installé au presbytère, la fonction de maître d’école. Mais de 1799 à 1800, M Piau, devint le Maire de Binas et il cessa de faire l’école et fut remplacé par M Vrain VENOT (clerc de notaire, décédé en 1808, marié avec Angélique Thauvin) qui n’a rempli les fonctions d’instituteur que pendant deux ans, de 1799 à 1800.
Ci-après une proposition de description de l’armoirie de l’ancien presbytère de Binas.
Le premier élément de décoration de cette armoirie, en très mauvais état, semble représenter la couronne d'un baron. Celle-ci est généralement représentée comme un cercle d'or enrichi de rubis et d'émeraudes. Traditionnellement, elle est surmontée de quatre grosses perles.
La couronne de baron est utilisée dans les blasons et les armoiries pour représenter le titre de baron, qui est un des titres de la noblesse en France.
Le deuxième élément représente le symbole de la Compagnie de Jésus, fondée par saint Ignace de Loyola, saint François Xavier, saint Pierre Favre et les premiers compagnons en 1539. Elle fut approuvée en 1540 par le pape.
JHS est souvent donné comme étant les initiales de Jesus Hominum Salvador (Jésus sauveur des hommes), mais l'origine de ce trigramme est beaucoup plus complexe. En réalité il s'agit d'une abréviation en trois parties du nom de Jésus, dans laquelle le I et le H sont les premières et le S la dernière lettre du nom écrit en grec IH-SOUS. Le H est la lettre grecque ETA et se prononce E, ce qui est important pour identifier les lettres du monogramme. Plus tard cette lettre centrale deviendra même une croix.
Le fondateur de la Compagnie de Jésus utilisa fréquemment le monogramme du nom de Jésus au début de lettres importantes. Il l'a fait imprimer au frontispice de publications importantes, par exemple dans la première édition du livre des Exercices Spirituels et finalement dans le blason de l'Ordre des Jésuites.
Dans l'usage qu'en fait saint Ignace un autre élément est venu s'ajouter. En effet dans l'espace circulaire qui entoure le monogramme et la croix, le bas de l'ensemble restait vide. Saint Ignace souhaita remplir cet espace par des signes symboliques. En général sous les trois lettres IHS se trouve un symbole marial : lys, croissant de lune accosté de deux étoiles, cœur transpercé par trois clous car selon la tradition chrétienne, Jésus-Christ aurait été cloué à la croix avec trois clous : un pour chaque main et un pour les deux pieds. Par la suite on s'est contenté de représenter que les 3 clous sans le cœur.
Depuis le temps de saint François d'Assise les vœux de religion sont au nombre classique de trois : pauvreté, chasteté, obéissance. On en conclut que les trois clous du sceau de la Compagnie pouvaient être considérés comme l'expression des trois vœux.
Le troisième élément représente deux rameaux d’olivier (avec deux olives dans chaque rameaux en guise d’identification). Le rameau d’olivier incarne plusieurs langages symboliques dans la mystique chrétienne dont le jardin des oliviers où le Christ vit son agonie. Ces deux rameaux d’olivier sont reliés avec un ruban (symbole marial).
Sources :
Archives départementales du Loir-et-Cher
Histoire de Marchenoir (la ville et baronnie) Gentien Péan – Charles-Marin Rousseau, Editions du Cherche Lune – Transcription d’un manuscrit de 1820 par Bruno Guignard, consultable à Bibliothèques d’Agglopolys Blois.
Site internet : jesuites.com
Archives personnelles
Gallica
Article rédigé par Patrick Thauvin-Gasnier









