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Les pompes à eau à Chevilly

Auteur : chevisto  Créé le : 27/09/2026 18:25
Modifié le : 27/09/2026 21:53
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La quête de l'eau

(Source : Bulletin d'information Chevilly-Histoire N°15 - hiver 2022)

 

Les croix de chemin, les enseignes murales anciennes, ou encore les plaques de cocher, font partie de ce que nous appelons le « Petit Patrimoine Rural Non Protégé ». Ces témoins de notre passé sont précieux mais fragiles : ils peuvent facilement disparaître, pour différentes raisons (remembrements, ré-aménagements, etc). Cependant, ils resteront présents quoiqu’il arrive si ils sont au préalable inventoriés, localisés et photographiés.

C’est précisément ce travail qui a été fait récemment pour une autre catégorie de ce petit patrimoine, à savoir les pompes à eau : Christian Chenault, ethnologue régional, a beaucoup travaillé sur le sujet et publié de nombreux articles. En 2018 il a même réalisé un inventaire de ces pompes dans différentes communes du Loiret. Sur notre commune de Chevilly, avec l’aide de Joël Gaudin, il a pu en identifier pas moins de 22.

Mais qu’est-ce que ces pompes à eau précisément, pourquoi intéressent-elles les historiens et en quoi représentent-elles une partie de notre patrimoine ?

              En réalité, la quête de l’eau a toujours été une préoccupation essentielle pour l’homme (la recherche de points d’eau potable, angoisse existentielle autrefois, a d’ailleurs préfiguré les problèmes de sécheresse que nous connaissons aujourd’hui …)

 Des systèmes d’abord rudimentaires (puits artésiens, pompe à balancier) ont ensuite donné lieu au traditionnel treuil : enrouler une corde autour d’un tambour avec une manivelle fut, pendant des siècles, le moyen le plus couramment utilisé dans nos villages pour remonter l’eau dans un seau. Le changement arrive au 19ème siècle : avec la révolution industrielle et le travail de la fonte, quelques artisans ingénieux vont inventer des machines et mécaniser ces pratiques jusque-là manuelles. C’est l’arrivée des pompes à eau, qui entre autres intérêts garantissait contre les risques de pollution et de sécurité des personnes que présentaient les puits. Ces pompes ont été utilisées dans nos villages pendant des décennies, avant que l’arrivée de l’eau potable dans les foyers ne les relègue au rang des souvenirs … C’est pour cette raison qu’il est important d’en parler aujourd’hui !

 

On trouve plusieurs catégories de pompes à eau dans nos villages de Beauce :

- les pompes à chapelets (les plus répandues) : elles sont munies d’une chaîne sur laquelle des godets en caoutchouc sont insérés à distance régulière. Cette chaîne coulisse dans un tube qui descend jusqu’au fond du puits, et en faisant tourner cette chaîne à l’aide d’une manivelle on remonte l’eau vers la surface (photos ci-contre)

- les pompes à piston : autrefois on les trouvait au centre de chaque bourg ou hameau, avec leur grand volant, à disposition des habitants pour remplir un seau ou une tonne à eau. Comme le puits public, ces pompes communes étaient un lieu de rencontre et de sociabilité villageoise. Elles étaient munies d’un piston qui aspirait l’eau au fond du puits et la refoulaient à la surface. Elles étaient aussi accompagnées d’une colonne élévatoire suffisamment haute pour pouvoir remplir une tonne à eau sur roues. Elles permettaient de remonter l’eau depuis des profondeurs de 20 à 30 mètres, quand il fallait atteindre la nappe aquifère souterraine au-delà du calcaire de Beauce (les pompes à chaîne, elles, ne pouvaient descendre que jusqu’à 10 mètres). Ce type de pompe était souvent associé à un manège à cheval.

Vers les années 1920 /1930, apparaissent des pompes à piston moins hautes, montées sur leur colonne et munies d’un plus petit volant. Dans les années 1935, Maupu crée également une pompe à piston pour puits profonds en « bâti-borne », avec un volant d’1,30m de diamètre. Quatre pompes de ce type sont encore visibles aux Chapelles de Chevilly.

- les pompes à trois corps : ce sont d’autres types de pompes actionnées par un manège à chevaux, mais leur mécanisme n’était pas visible car situé à l’intérieur au puits. Ce mécanisme était composé de trois éléments, d’où le nom de ces pompes. Même si elles sont difficilement repérables, trois d’entre elles ont été retrouvées à Chevilly (voir tableau ci-dessous). Sur celle du château de la Cour on voit encore le pivot du manège, qui est à environ 5 mètres du puits, ainsi que la chaussée de pierre circulaire qui était empruntée par le cheval.

 

Voici la liste des 22 pompes recensées à Chevilly (*) : emplacement de la pompe - nom du fabricant.
Le grand nombre de pompes recensées aux Chapelles vient du nombre important d’exploitations agricoles qui s’y trouvaient autrefois.  A noter que la plupart de ces pompes ne sont pas visibles depuis l’espace public, se trouvant souvent dans des cours d’anciennes fermes.

(*)Inventaire Ch.Chenault / J.Gaudin – 2018

 

 

 

Les constructeurs locaux

La plupart des pompes à eau installées dans nos villages étaient fabriquées par des constructeurs orléanais. Ainsi, sur celles de Chevilly on trouve souvent les noms de Désiré MAUPU, Georges FAGOTAT, Marius PEIGNIN ou encore les frères DAVID (Henri et Théodule). Dans les années 1860-1890, leurs usines se situaient dans le quartier Saint-Laurent, très industriel à l’époque. La cinquantaine de pompes à chapelets retrouvées dans les cantons d’Artenay, Beaugency, Meung-sur-Loire et Patay correspond principalement à cette période et à ces constructeurs. Une seconde génération de fabricants va prospérer dans le Loiret au début du 20ème siècle : GOMY-GARNIER à Châteauneuf-sur-Loire, DELACROY-BAUDU à Jargeau et BAUDOIN à Mardié. L’arrivée de l’eau courante dans les années 1930 va obliger ces constructeurs à diversifier leurs activités. En parallèle, les pompes existantes ont continué à fonctionner avec des systèmes d’entraînement à moteur (thermique ou électrique).

 

Un cas particulier de pompe : les bornes-fontaines

On trouve dans certaines communes des fontaines dites « monumentales » qui trônent au milieu de la place du village; on peut aussi trouver sur l’espace public (parcs, cimetières, ou encore dans la rue), ce qu’on appelle communément des bornes-fontaines.

On en découvre une aux Chapelles, le long de la rue du Grand-Marchais. Elle est en fonte, de couleur verte, ornée en façade de motifs de lauriers et de l’inscription « P a M » signifiant « Pont-à-Mousson ». Sur le dessus on lit « Fonderies-de-Pont-à-Mousson Modèle J.Bayard Breveté SGDG » (**)

Elle est actionnée par le mouvement rotatif du volant horizontal situé sur le dessus de la fontaine. Une vis sans fin (vis d’Archimède) remonte l’eau du puits vers le robinet.

(**) Les bornes Bayard sont des appareils de fontainerie fabriqués, depuis 1881 et encore aujourd‘hui, par l'entreprise du même nom, qui a breveté le mécanisme de la fontaine à tourniquet en 1901 à Lyon.

 


Borne-fontaine aux Chapelles de Chevilly

 

 

Et enfin, l’acheminement collectif … et l’eau courante à Chevilly !

Notre château d’eau a été construit en 1956, près du passage à niveau de la route de Chevilly à Andeglou. Le réseau d’adduction d’eau (canalisations) a été aménagé dans les années suivantes.
Un premier projet avait été lancé en 1936 : un riche industriel parisien, Eugène CUSINBERCHE, était propriétaire du château de l’Ermitage à Chevilly. Il avait proposé de prendre à sa charge les frais de construction, mais curieusement le conseil municipal d’alors avait refusé cette proposition ! Ensuite, en 1949 un forage avait été creusé mais il n’alimentait que des tonnes à eau. En 1954, un prêt de la Caisse des Dépôts permit de démarrer la construction du château d’eau.

 

 

Les travaux sont évalués à 16 millions de francs, soit environ 500.000 de nos euros d’aujourd’hui.
Des essais de pompage sont réalisés en 1946 par l’entreprise Bornhauser-Molinari; ils amènent à un débit de 40 m3/h suffisant pour alimenter la commune, y compris les écarts de quelques villages voisins (***). L’analyse chimique et bactériologique est satisfaisante, et les travaux sont lancés.

(***) Pour une population à l’époque de 1100 habitants, on estimait que les besoins étaient couverts par une disponibilité quotidienne de 180 à 200 m3. Les chiffres préconisés étaient alors les suivants (par jour) : 150 litres par habitant, 60 litres par cheval, 80 litres par bovidé, 25 litres par veau ou porc, 5 litres par mouton, 300 litres par are de potager.