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Le Café du Commerce: comme si vous y étiez!

Auteur : Poulot  Créé le : 14/05/2013 14:14
Modifié le : 14/05/2013 14:16

 

Le Café du Commerce de Patay :!

Comme si vous y étiez !

Au milieu du vingtième siècle

 

Un témoignage de Guy DESCAUSES plus vrai que nature, de celui qui, tout au long de son enfance a vécu dans cet endroit : Il raconte : écoutons le !


 

L'Ambiance

Situé en centre ville, le café du commerce n’était que l’un des
21 cafés-bars dont le bourg de PATAY était pourvu.

Outre les activités des débits de boissons : Les habitués du
"
p’tit verre" du matin ou du soir… parfois des deux. ! On y retrouvait aussi les commerçants (à cette époque la convivialité était de mise) qui n’hésitaient pas à venir trinquer avec leurs clients ou, la journée terminée, venaient faire une partie de cartes et tout cela créait un va et vient presque permanent.

Tous les artisans, nombreux à cette époque et, bien entendu, tous les salariés de ces diverses activités contribuaient eux aussi à cette animation que l’on pouvait qualifier de "bon enfant" ; c’était l’endroit où l’on venait se retrouver pour se détendre, non pas du stress, mais de la saine fatigue de la journée de travail. Et puis l’on n’imaginait même pas « l’alcootest ».

Outre ce mouvement journalier, le café était aussi, le soir après dîner, le point de rencontre où se tenaient les réunions : Des sports, foot, basket ; le siège du RSP était en ce lieu mais aussi les réunions de bureau des Anciens Prisonniers de guerre, du bureau de la Croix-Rouge, du bureau des Comités des Fêtes, etc. …

Toutes ces activités réunies faisaient du Café du Commerce le cœur de résonance du pays ; comme je me plais à le répéter, l’événement local, l’info du jour étaient vécus pratiquement en direct et se complétaient au fur et à mesure que l’horloge tournait, jusqu’à l’heure de la fermeture.

Oui le Café du Commerce aura marqué mon esprit et, sans nul doute, éveillé en moi cette curiosité dont je ne me suis jamais départi.


 

Les jours de Marché

 

Si la halle aux grains était noire de monde, dans le café du Commerce la grande salle, l’arrière-salle et la cuisine étaient remplies, cela représentait environ 120 places assises dont une cinquantaine étaient occupées par les joueurs de cartes.

Il me reste encore aux oreilles l’immense brouhaha qui s’amplifiait au fur et à mesure que l’heure avançait ; Je ne parlerai pas de l’âcre fumée de tabac qui baignait l’atmosphère et qui finissait par nous faire pleurer. (gitanes maïs - boyard - ninas - gauloises bleues, vertes et jaunes et celles que l’on roulait avec du tabac gris ou bleu et le "riz la croix gommé" avaient la faveur des fumeurs).

Comme je le mentionnais plus haut, la deuxième salle et la cuisine étaient le territoire des traditionnels joueurs de cartes qui se succédaient selon un rituel presque convenu.

Les premiers joueurs en piste étaient :

Les "Lignerolles - Coinces - Bricy - Boulay - Huêtre - Sougy".

Puis venaient ensuite :

Les "Saint Péravy - Tournoisis - La Chapelle Onzerain - Villeuneuve surConie".

En milieu d’après-midi : Le gros de la troupe :

"Guillonville - Orgères - Fontenay-sur-Conie - Péronville - Gaubert".

En fin de soirée :

Les "Villamblain" et environs qui, traditionnellement, fermaient
le
marché.

Chaque secteur avait son jeu préféré : Belote, manille, coinchée, chaloupée et, bien sûr, le "truc" pour clore la rencontre et payer la tournée.

Tous ces joueurs étaient très acharnés et la discrétion n’était pas de mise, chaque coup de cartes était ponctué par des éclats de rire et de voix mais aussi d’injures et parfois de bons mots. J’ai quand même le souvenir de quelques mauvais perdants jetant leurs cartes au nez de leur partenaire ; rassurez-vous, cela n’allait pas plus loin, la tournée étant réglée, l’on repartait pour la revanche.

NB : (Au risque de surprendre le lecteur, je dois humblement confesser que je ne sais jouer à aucun de ces jeux : sans doute la surdose).

Dans la grande salle se tenaient tous les acteurs du commerce venus à la rencontre agricole :

Négociants en grains avec leurs représentants,

Négociants en pailles et fourrages et représentants,

Marchands de chevaux, vaches, cochons,

Vendeurs de machines agricoles et autres matériels,

Vendeurs de tracteurs et moissonneuses-batteuses,

Distributeurs d’engrais et de produits du sol,

Distributeurs de fuel et d’huile.

Dans un coin de la salle, à l’écart, se tenaient Messieurs les banquiers, leurs courtiers, mais aussi les agents d’assurances.

Les transactions allaient ainsi tout l’après-midi, et j’ai le souvenir de voir partir le soir, pour rejoindre Orléans, les banquiers avec les sacoches plus que ventrues et les poches remplies de billets…

Une époque que l’on a bien du mal à imaginer à l’heure présente.

Ainsi, de 13 h 30 à 20 h 30, mes parents et deux serveuses s’activaient à servir tous ces clients très affairés et toujours très fidèles.

En faisant revivre le Café du Commerce et mes jeunes années au cœur de celui-ci, il me revient en mémoire une rencontre inopinée lors d’un repas de chasse et avoir partagé mon enthousiasme de représentant que j’étais avec un monsieur d’âge respectable (Haut Responsable des Moulins de Paris) qui m’avait demandé quelle formation j’avais suivie... et qui, très vite, me rassura : Comme moi, il avait été élevé dans un "Café du Commerce" et m’avait alors affirmé :

"le Café du Commerce", c’est la meilleure École de Commerce !

Certes, en y réfléchissant : Voir, écouter, observer toutes ces personnes tellement différentes les unes des autres dans leurs expressions, leurs gestes, leurs réactions, sans oublier les bons mots, tout cela ne pouvait que satisfaire ma curiosité et le plaisir de rencontrer l’autre.

Je n’imaginais pas à cette époque que, quelques années plus tard, au travers de mes étapes professionnelles sur les secteurs Artenay - Janville - Voves - Angerville (la Beauce en général), j’allais être amené à retrouver nombre de visages connus et leurs proches, ce qui était loin d’être un handicap dans la clientèle beauceronne réputée très méfiante, mais dont la fidélité en affaire ne peut être mise en doute.

Aussi, ce n’est pas sans une certaine nostalgie que j’ai vu disparaître les deux sites témoins de cette activité qui permirent de faire connaître la capitale de cette Beauce Pouilleuse que fut PATAY qui pouvait, à cette époque, s’enorgueillir d’être:

  • Ancienne Halle en Bois reprise et redessinée d’après ancien document GD


La grande Halle aux Grains

  • De type Baltard sur colonnes fonte, construite en 1907, elle remplaça la halle en bois que la commune de PATAY avait rachetée au Citoyen de LUYNES ci-devant Seigneur de Patay en 1884.

    Elle fut sérieusement endommagée à la suite de l’explosion d’un train de "V.1" que les allemands firent sauter en gare de PATAY dans la soirée du 15 août 1944.

    Négligemment laissée en l’état, elle fût tristement condamnée en 1968 (afin d’améliorer la circulation)


Le Café du Commerce

  • De très vieille construction (ossature en bois) il a lui aussi disparu. Il fut vendu par son propriétaire, suite à la cessation d’activité (départ en retraite de mes parents).

    Entièrement rasé, il laissera place à la construction de cette magnifique pharmacie du centre ville.

 

Anecdote : Les jours de louées, notamment de Saint-Jean (le 24 juin),
il
était consommé, dans le seul après-midi, deux pièces 1/2 de vin rouge soit environ 550 litres. On peut alors considérer qu’entre 12 heures et 21 heures, la consommation était de… un litre à la minute…

(Il faut rappeler qu’il y avait alors 21 cafés dans le village de Patay !)

Souvenirs - Condamnée en 1967 la triste fin de la Halle aux grains après le passage des démolisseurs..

Débaptisé, le Café du Commerce attend, lui aussi, d’être abattu pour laisser place à la pharmacie.

A l'arrière de l'église: l’ancien « Corps de Garde »,annexe de la gendarmerie, composé de 4 cellules de dégrisement régulièrement utilisées les soirs de fêtes ou de repos par les "gars de batterie".

 

A ce jour, transformé en gare routière.

 


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