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Anne de Montmorency ; Seigneur de Charsonville !

Auteur : Patrick  Créé le : 17/07/2025 14:04
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Préambule

Le présent article réunit quatre familles qui, successivement et par alliances, posséderont la seigneurie de Charsonville du 15ème au 16ème siècle environ. En effet, avant les familles Tassin (fin 18ème siècle), Martinet (18ème siècle), de Croisilles (17ème siècle), il y eut les familles ; Briçonnet, du Museau, de Beaune et de Montmorency (BMBM).

Ce document montre également la continuité filiale, dans la possession de la seigneurie de Charsonville, durant presque 200 ans ; de la famille Briçonnet à la famille de Montmorency. Jeux de mariage et donc d’alliances car à cette époque les mariages sont faits pour conserver sinon agrandir les biens familiaux.

Cependant, en déroulant cette nouvelle page, sur l’histoire de Charsonville, et contrairement à ce que j’ai lu parfois, je peux confirmer ici que la « Grand’Maison » ou « château » de Charsonville n’a jamais été la résidence principale des seigneurs de Charsonville depuis la famille d’Orléans jusqu’à la famille Tassin. Cette grande demeure bourgeoise était uniquement un lieu de résidence pour les seigneurs et leurs familles lors de leurs passages à Charsonville. Car tous les seigneurs de Charsonville avaient une résidence principale plus imposante (château de la Renardière à Baccon, Hôtel de Croisilles à Paris, Château de Lande, Château de Courtalain, Château de Cormes…).

Je rappelle que les documents sources de cette période sont relativement rares, c’est pourquoi ce document comporte obligatoirement quelques erreurs.

 

 

Familles : Briçonnet – Morelet du Museau

Dans les registres de la noblesse de France de 1752, il est noté que le Seigneur de Charsonville (c'est-à-dire Martinet), qui demeurait à Orléans, écrivait au Juge d'Armes en ces termes :

« La Maison Seigneuriale de Charsonville fut presque entièrement brûlée il y a environ trois cent ans (soit vers 1450), avec tous les papiers concernant ladite Terre. On fut obligé d'assembler les anciens du Pays, qui en connaissaient le mieux les bornes et les droits, pour faire un Terrier, qui fut présenté au Parlement, et confirmé par le Roi. Il ne se sauva de l'incendie que quelques ports de foi et de reconnaissances, qui se trouvèrent par hasard dans un cabinet (espèce de coffre) sur une table ».

C’est donc vers le milieu du 15ème siècle et durant la guerre de Cent Ans (1337-1453) que la demeure seigneuriale appelée : « Grand’Maison » ou « château » fut en partie détruite par les troupes anglaises qui parcouraient la région. Car on sait qu’en 1427, l’armée anglaise s’emparait de toutes les villes et villages de la région ; Toury, Montpipeau, Meung Sur Loire et Patay. Et c’est probablement à la fin de ces terribles combats, quand le calme fut revenu dans la Beauce, que « le château » fut reconstruit, dans la deuxième moitié du 15ème siècle, par Pierre Briçonnet (décédé en 1509), seigneur de Charsonville, époux de Anne Compaing, fille de Gérard Compaing, bourgeois d’Orléans, seigneur de Prasville…..

Cette hypothèse, de la période de reconstruction de la maison seigneuriale, est confirmée dans un cours d’histoire réalisé par l’instituteur M Alluis en 1873. En effet, celui ci notait que « des sculptures aux portes et aux fenêtres du château sont encore visibles et témoignent d’une construction sous Charles VII ». C'est-à-dire avant 1461.

Pierre Briçonnet, Seigneur de Charsonville, faisait partie d’une famille illustre. Il était un personnage important de France. Après avoir été maire d’Orléans il fut nommé en 1497, général des finances et en 1500 Gouverneur du Languedoc. Son frère, Guillaume Briçonnet, fut cardinal et sacra le roi Louis XII en 1498. Pierre Briçonnet possédait aussi le château de Cormes à St Cyr en Val depuis 1466 que plus tard son fils reconstruisit en 1525.

La famille Compaing (ou Compain) fait également partie d’une grande famille française. Ce fut le roi Charles VII, qui donna les lettres de noblesse à Guillaume Compaing ainsi qu’à ses descendants masculin et féminin, en considération des services qu'il avait rendu à la couronne de France durant le siége d'Orléans par les anglais en 1429. La Charte fut donnée à Jargeau en février 1429. La famille Compaing obtint cette prérogative de la noblesse féminine jusqu’en 1635. C’est peut être à cette occasion (non sourcée) que Anne Compaing possédera la seigneurie de Charsonville qui avait jusque là appartenu à Pierre d’Orléans (décédé en 1420) puisqu’elle était fille unique née de Gérard Compain et de Marie Leprêtre.

Pierre Briçonnet et Anne Compaing eurent plusieurs enfants dont une fille Marie Girarde Briçonnet.

Ensuite, Anne Compaing, veuve, donna la seigneurie de Charsonville à sa fille Marie comme dot pour son mariage à Orléans en 1512 avec Jean Morelet du Museau. A la suite, ce jeune couple eut plusieurs enfants dont une fille nommée Anne du Museau.

Il est a noté que vers 1550, après le décès de son mari en 1529, Marie Briçonnet était encore nommée « Dame de Charsonville ».

 

 

Familles : Morelet du Museau - de Beaune

Comme sa mère autrefois l’avait fait, Marie Briçonnet transmit la seigneurie de Charsonville à sa fille Anne du Museau à l’occasion de son mariage avec Jean de Beaune (1525- ????), seigneur de la Tour-d’Argy (commune de Montrichard).

Jean de Beaune, seigneur de Charsonville, et Anne du Museau eurent plusieurs enfants dont Marie de Beaune née le 5/12/1557 dans l’ancienne demeure de Jacques de Beaune Semblançay à Montrichard (41).

L’histoire de la famille de Beaune est très ancienne et remonte au premier « Jean de Beaune » qui était originaire de Bourgogne. Il répondait là-bas au nom de Fournier. Il quitta sa terre natale pour s’établir vers 1420 à Tours ou il devint marchand drapier et banquier. Il est possible qu’il ait dit à ses nouveaux clients qu’il s’appelait Jean et qu’il venait de Beaune. On l’appellera désormais « Jean de Beaune ».

Jean de Beaune, époux de Jeanne Binet, était le père du célèbre Jacques de Beaune de Semblançay qui à la mort de son père en 1480, se retrouva associé à la boutique de l’argenterie désormais tenue par Jean Briçonnet. Il était devenu un des plus gros négociants du royaume de France. Son immense fortune lui permis de faire construire plusieurs maisons bourgeoises dans la région de Tours dont une au pied du château de Montrichard qu’il fit construire, entre la fin du 15ème et le début du 16ème siècle. Cette très belle demeure Renaissance (l’hôtel d’Effiat ou hôtel de Semblançay) existe encore.

Malheureusement, après une sombre et dramatique affaire de malversations financières qui s’est déroulée au moment des guerres d’Italie, Jacques de Beaune Semblançay, grand argentier du Roi François 1er, fut condamné et pendu au gibet de Montfaucon à Paris en 1527.

Pour autant, un acte de 1539, restitua les biens immobiliers de Montrichard à Bonne Cottereau, veuve de Guillaume de Beaune (fils de Jacques). Biens séquestrés suite à la condamnation à mort de Jacques de Beaune son beau père.

En 1584, Anne du Museau était toujours désignée : « haute et puissante dame de Charsonville » dans l’acte de baptême à Montrichard de son petit fils Pierre de Montmorency.

« Dame de … » était le féminin couramment rencontré de « seigneur de… » lorsqu’il s’agissait de désigner une femme possédant un fief.

 

 

Familles : de Beaune – de Montmorency

Il est possible que Anne du Museau donna en dot à sa fille, Marie de Beaune, pour son mariage le 4 février 1577 avec Anne de Montmorency ; la seigneurie de Charsonville, de Villemain et de celle de Châteaubrun (36).

Le mariage se déroula pendant les guerres de religion (1562-1598).

Anne de Montmorency, fils de Pierre 1er de Montmorency et de Jacqueline d’Avaugour, était marquis de Thury (dans le Calvados), baron de Fosseux et seigneur de Courtalain (28). Il était également Chevalier de l'Ordre du Roi, premier Chambellan du Duc d'Anjou.…

Anne de Montmorency-Fosseux était de la famille d’Anne de Montmorency-Chantilly (1493-1567), grand Connétable de France. Leurs parents communs étaient Jean II de Montmorency et Jeanne de Fosseux. Anne de Montmorency-Fosseux était le grand frère de Françoise née en 1566 et qui a connu la célébrité grâce à sa liaison avec Henri de Navarre, futur Henri IV. On l’appelait alors « la Belle Fosseuse ».

Le couple (Marie de Beaune et Anne de Montmorency) eut 3 enfants dont deux nés à Montrichard (41) chez Anne du Museau (mère de Marie de Beaune) :

  • François ; baptisé le 7 juillet 1583 à Montrichard. Son parrain était François de Bourbon, duc de Montpensier, prince de Dombe (1542-1592)… et sa marraine la fille du duc de Montpensier (Françoise ou Anne ?). Il sera inhumé le 24 juillet 1654 dans l’église de Cuzion (36).
  • Pierre ; baptisé le dimanche après midi 11 mars 1584 dans l’église du château de Montrichard. Assistaient à cette cérémonie ; Pierre de Montmorency, le père de Anne de Montmorency, le seigneur de Prie et de Montpoupon ainsi que Anne du Museau. Pierre deviendra marquis de Thury, baron de Fosseux, seigneur de Courtalain. Il épousa Charlotte du Val de Brévannes-Fontenay et décédera en 1615.
  • Jacqueline (dit Jacquette) ; née en 1586. Elle épousera en 1610 Florimond de Moulins et décédera en 1614.

Anne de Montmorency et Marie de Beaune habitaient le château de Courtalain dont la construction par Guillaume d'Avaugour et Perrette de Baïf, son épouse, remonte en 1483.

Quelques générations après, en 1553, Jacqueline d’Avaugour avait épousé Pierre de Montmorency, fils de Claude, baron de Fosseux, et d'Anne d'Aumont. Grâce à ce mariage la famille de Montmorency-Fosseux entra en possession du château et de la seigneurie de Courtalain et conserva le château jusqu’en 1862.

Au décès de Jacqueline d’Avaugour vers 1600, il y eut le partage de ses biens entre ses enfants et petits-enfants.

En 1589 le roi Henri IV est venu s'installer au château de Courtalain, en compagnie de son fidèle Sully. En effet, chassé de Paris, le futur Henri IV concentra ses troupes en Normandie pour être plus prêt de ses alliés Anglais., et de là il harcela les troupes de ligueurs disséminées dans la Beauce, le Perche et l'Orléanais.

Ainsi en février 1591, Henri IV assiégea la ville de Chartres qui se rendit au mois d’Avril. Après cette victoire, Anne de Montmorency suivit le roi Henri IV, au siège de Rouen de décembre 1591 jusqu’à mai 1592 et y fut grièvement blessé. Le siège de Rouen fut une tentative infructueuse du roi Henri IV. Anne de Montmorency y fut blessé et retourna dans son château de Courtalain. La blessure s’aggrava et il y mourut le 3 juin 1592.

Malgré la mort de son mari, Marie de Beaune continua de gérer les biens familiaux. Par exemple, on retrouve dans les archives du Loiret un texte de 1595, dans lequel la Dame de la Tour-d’Argy (Montrichard) et de Villemain recevait « foi et hommage » du baron de St Germain, de Jacques de Prunelé et de son fils lieutenant de la compagnie de chevaux légers du Duc de Guise, pour les terres et seigneurie de Marvilliers en Beauce.

La présence du vitrail dans le chœur de l’église de Charsonville qui portait les armes de Montmorency comme le signalait M Alluis en 1873 et le style de charpentes montrent qu’il est probable que Marie de Beaune, vers 1600, fit reconstruire la toiture de la « Grand Maison » et celle de la nef de l’église de Charsonville, qui avaient été incendiées au moment des guerres de Religion (1562-1598). On peut apercevoir, en effet, dans les combles de la Grand’maison (voir figure 1 ci-dessous) et de la nef de l’église, un contreventement longitudinal assuré par une faîtière et un sous faîtage, raidies par des croix de saint André et des potelets.

 

Enfin, après une vie bien remplie, Marie de Beaune, Dame de Charsonville, Villemain et de Châteaubrun, décédera en 1611, certainement dans son château de Courtalain.

Dans la succession de ses parents, en 1612, Jacqueline hérita de la terre et seigneurie du grand et petit Villemain (fermes de la paroisse de Charsonville). François, déjà abbé du Tronchet depuis 1608, hérita de la seigneurie de Charsonville et de Châteaubrun et racheta Villemain au décès de sa sœur en 1614. Pierre hérita des titres de son père à savoir ; seigneurs de Courtalain, marquis de Thury….

 

François, Seigneur de Charsonville, était devenu, par le Roi, abbé de ND du Tronchet en Bretagne de 1608 à 1640. Quelques années plus tard, il ajouta aux bénéfices de ce monastère ceux de l’abbaye de Molesme, en Bourgogne (de 1615 à 1637). Il était en effet abbé commendataire, c'est-à-dire qu’il percevait les revenus de ces établissements religieux sans y exercer de fonction spirituelle et sans être astreint à la vie monacale.

Il vivait à Paris en 1613 et c’est peut être à l’occasion de ce séjour qu’il fit la connaissance de Catherine Roger, bourgeoise de Paris et veuve du marchand Guillaume Fournier. De Paris, ils partirent vivre en concubinage, dans son château de Châteaubrun à partir de 1620. C’est vers cette date qu’il cédera sa seigneurie de Charsonville et de Villemain à Nicolas de Croisilles. 

En effet, vers 1606, Nicolas de Croisilles, prochain seigneur de Charsonville, après François de Montmorency, avait représenté, devant la justice de Paris, sa mère (Marie de Beaune) dans une affaire de succession de son défunt oncle l'archevêque de Sens, Renaud de Beaune de Semblançay (1527-1606). Renaud de Beaune était également abbé commendataire de l’abbaye de Molesme avant François de Montmorency.

Il vécut donc en concubinage avec Catherine Roger pendant 20 ans et ne se maria que le 16 juin 1640. Pour autant ils avaient eu des enfants ensemble depuis 1621.

Après son mariage, en 1640, il renonça a ses charges ecclésiastiques afin de convoler en justes noces, régularisant ainsi une situation jugée scandaleuse et se donnant le moyen de légitimer ses enfants.

Il fut enterré en 1654 dans l’église Saint Etienne de Cuzion (36). Son blason se lisait ainsi : « D’or à la croix de gueules, cantonnée de seize alérions d’azur ».

Il y a confusion entre François et le connétable Anne de Montmorency mort en 1657. Cependant, la représentation des deux moines sur la plaque peut indiquer la fonction d’abbé commendataire du Tronchet et de Molesme.

 

 

Blason en 2004 de Charsonville

Dans le bulletin communal « Charsonville Infos » de juillet 2005, il est noté que par délibération du 21 juin 2001, le conseil municipal de Charsonville a souhaité que la commune soit pourvue d’armoiries. L’étude a été confiée au Conseil Départemental d’Héraldique du Loiret. Le blason a été adopté le 9 septembre 2004.

Le blason (voir figure 2 ci-dessous) se lit : « D’argent à la quintefeuille de sable accompagnée de huit tourteaux de gueules en orle ».

Les tourteaux de gueules rappellent les ares de la plus ancienne famille seigneuriale connue de la commune : la famille d’Orléans qui blasonnait « fascé d’argent et de sinople, l’argent chargé de sept tourteaux de gueules ».

La quintefeuille de sable symbolise également une autre famille seigneuriale ; la famille de Beaune qui portait « d’argent à la quintefeuille de sable ».

L’argent : couleur blanche

L’azur : bleue

Les gueules : rouge

Le sable : noire

Le sinople : verte

 

 

 

 

Chronologie de l’alliance des 4 familles

 

 

En conclusion, ce document montre également qu’entre 1420 environ et 1600 (soit presque 200 ans), la seigneurie de Charsonville et de Villemain (comme probablement celle de Vilaine) se transmettaient par les femmes. C'est-à-dire qu’elles ont transmis sur plusieurs générations leurs seigneuries à leurs filles par l’intermédiaire des mariages successifs.

 

 

Principales sources :

  • Nobiliaire de l’orléanais par C de Vassal.
  • Généalogie de la famille Compaing, Compain et Compin de 1305 à 1865.
  • Le site internet : « Le château de Courtalain »
  • Bulletin communal « Charsonville Infos » de juillet 2005
  • Semblançay – La bourgeoisie financière au début du 16 ème siècle. Thèse présentée par Alfred Spont - 1895
  • Focus : Montrichard – L’hôtel d’Effiat - 2019
  • Archives départementales du Loiret
  • Archives départementales du Loir et Cher
  • Archives départementales d’Eure et Loir
  • Archives départementales d’Indre
  • Cuzion : Qui était François de Montmorency par Renaud Arpin
  • Loiret Généalogique
  • Gallica